Synopsis: L'élection de Barack Obama laisse entrevoir un revirement de la politique étrangère américaine suite aux huit années de présidence de George W. Bush. Cependant ce revirement ne doit pas occulter la réalité politique interne des Etats-Unis, très présente dans sa projection internationale. De même, le retour d'une grille de lecture des relations internationales similaire au XIXème siècle, faisant sienne la notion de rivalité entre puissances dans un monde multipolaire (Robert Kagan), et refusant les obligations internationales des traités signés au XXème siècle, rivalisera avec le multilatéralisme de la nouvelle équipe de politique étrangère, fortement inspirée par les néo-démocrates, ainsi que les conceptions plus récentes des relations internationales prônées par de nombreux conseillers du nouveau président (acteurs non-étatiques, géoéeconomie, droit environnemental, codification juridique internationale des droits de l'homme et de la gouvernance par le droit, lutte contre les pandémies, etc.). A l'inverse, les crises mondiales du début de XXIème siècle dans les domaines financiers, énergétique, environnemental, et alimentaire, ainsi que la non-participation des Etats-Unis aux efforts internationaux de régulation environnementale et pénale, de construction d'un système international sur la base du multilatéralisme, avec l'aide des puissances émergentes (BRIC+KMS, G20), son retrait des traités anti-missiles balistiques (Traité ABM), les blocages pour la réduction des armes stratégiques (STARTIII), la non ratification du traité d'interdiction complète des essais nucléaires (TICEN / CTBT), et les deux guerres de longue durée qui concentrent toute l'attention des forces armées américaines, créent une pression nationale et mondiale pour une véritable métamorphose de la politique étrangère américaine, à l'image de celle qu'avait du opérer Franklin Roosevelt dans les années 30.
Les crises sécuritaires mal assumées par l'administration Bush (11 septembre 2001, attaques terroristes mondiales, renforcement post-2003 des talibans et autres cellules de guérilla en Asie et en Afrique, déstabilisation du Pakistan, montée en puissance du Hamas et du Hezbollah, concurrence géostratégique de la Russie, concurrence géoéconomique de la Chine, concurrence régionale de l'ALBA, guerres au Soudan, RDC, Somalie, régime déstructurant en Birmanie, etc.), en parallèle de la Guerre contre le Terrorisme (GWOT), avec des objectifs flous, des moyens inadaptés, et une stratégie militaire qui ne s'encombre pas des réalités politiques sur le terrain (jusqu'au "Surge" en Irak et les efforts diplomatiques européens en Afghanistan) auront contribué à la dégradation de l'ensemble des relations internationales, à l'exception des constructions régionales européennes (UE), africaines (UA), et asiatiques (Asean Plus Trois, OCS). La sous-valorisation de la diplomatie et du Département d'Etat ("Vieille Europe", expansion de l'OTAN, politique turque, politique moyen-orientale, politique latino-américaine, politique chinoise et taïwanaise, politique africaine, politique étrangère en Birmanie, au Zimbabwe, au Soudan, en RDC, à Haïti, etc.) et la (re)nucléarisation des puissances régionales (Corée du Nord, Iran, Inde, Pakistan) auront largement contribué à faire de la présidence de George W. Bush un échec historique. Ses rares succès diplomatiques (dénucléarisation de la Libye, statu quo en Corée du Nord), n'éliminent pas le besoin flagrant de restructuration de la gouvernance mondiale ressenti par tous les acteurs des relations internationales, que la nouvelle administration Obama aura la charge d'effectuer. Voici les principaux facteurs d'analyse de cette nouvelle politique étrangère, continent par continent, intégrant les choix programmatiques du candidat Obama, les réalités géostratégiques sur le terrain, et les politiques suivies par les autres acteurs des relations internationales ces huit dernières années qui risquent de compliquer la tâche de la nouvelle administration.
Ce billet vient clôturer un cycle de sept billets consacrés à la politique étrangère des candidats à l'élection américaine de 2008 (Barack Obama, John McCain, Hillary Clinton, Mitt Romney, John Edwards, Rudolph Giuliani), un billet sur les nouveaux positionnements politiques à trouver post-polarisation, post néodémocratie, et post néoconservatisme, et un billet sur Super Tuesday 2008.
L'élection de Barack Obama change la donne de la projection américaine à l'international, comme le laissent entendre les festivités mondiales le soir du 4 novembre 2008. Les axes multilatéraux privilégiés lors de la campagne électorale d'Obama auront été affinés au cours des derniers mois avec une dose de réalisme, même si cette dernière ne devrait pas empêcher la mise en place d'une nouvelle doctrine de politique étrangère. Le sénateur d'Illinois, le premier sénateur à être élu depuis John F. Kennedy, conforté par un score électoral et une victoire nette, se distingue ainsi de son prédécesseur avec un mandat clair, s'appuyant sur un programme de politique étrangère affiché (contrairement à l'élection de 2000). Son arrivée au pouvoir s'effectue dans un environnement post-polarisation politique nationale, se reflétant dans les choix de politique étrangère, notamment en matière énergétique, des budgets militaires et sociétés para-militaires privées; post-crises issues de 2001, usant et abusant de l'unilatéralisme et des alliances à la carte, qui ont démontré leurs limites sur tous les théâtres d'opérations; et post-crises diplomatiques et militaires liées à l'intervention en Irak, avec la concentration des ressources dans ce pays, obligeant le désengagement partiel dans tous les autres pays à risque. Les évolutions prévisibles de la politique étrangère américaine concernent, en premier lieu, les relations avec les grands ensembles du nouveau monde multipolaire, avec une diplomatie de la négociation placée au centre des relations. Elle contrastera avec les faits accomplis et crispations de l'administration précédente lors de toute nouvelle régulation du système international. Elle mettra aussi fin à l'embarras du deuxième semestre 2008 lié à la longévité de l'impopularité du président sortant, et ses difficultés pour faire accepter le Plan Paulson, surtout dans sa première monture (pour lequel la Présidente - Speaker - de la Chambre des Représentants, Nancy Pelosi, n'a d'ailleurs pas hésité à considérer comme une première phase d'un effort de longue durée). Compte tenu de l'ampleur du changement, la transition entre les deux administrations s'annonce complexe à gérer (avec des références répétitives à la transition problématique et écourtée en période de crise, en 1932, entre Herbert Hoover et Franklin Delano Roosevelt).
Par ailleurs, il s'agit aussi de mettre en valeur une nouvelle éthique des relations internationales, notamment avec la fermeture du centre de détenus de Guantanamo sur la base américaine à Cuba, une disposition à la négociation avec les pays qualifiés de soutiens au terrorisme par l'administration précédente (Corée du Nord, Iran, Syrie, ainsi qu'avec le régime banni des espaces diplomatiques américain de Cuba), et au delà aux nouveaux éléments nécessaires de développement du système international, pour lesquels l'ONU et les agences para-onusiennes resteront la pierre angulaire de l'action multilatérale. En matière d'environnement il s'agira probablement de ratifier, en retard, le protocole de Kyoto et participer activement aux conférences climatiques lancées à Bali (voir billet), et à Poznan (COP-14, décembre 2008, à l'image de ce qu'avait fait l'administration travailliste entrante de Kevin Rudd en Australie ratifiant le protocole juste avant Bali, voir billet), en gardant un oeil sur les coopérations possibles permettant de limiter l'impact de la crise énergétique (voir billet), et une pression économique et diplomatique accrue sur les alliés moyen-orientaux traditionnels des républicains (Arabie Saoudite, Koweït, Emirats Arabes Unis, Bahreïn, Qatar). En matière de lutte contre la pauvreté, et les risques systémiques de crises mondiales, régionales, nationales, ethniques et religieuses, il semble probable que la nouvelle administration sera plus présente dans les conférences traitant des crises alimentaires (voir billet), de la pauvreté (Conférence d'Accra de 2008), et de lutte contre les maladies et pandémies, ce dernier élément se trouvant dans tous les briefings sécuritaires américains depuis plusieurs années. En matière d'armes conventionnelles, le groupe de travail pour la mise en oeuvre d'un Traité international sur le commerce des armes classiques, visant à éliminer le marché illicite des armes à destination des gouvernements qui font l'objet d'un embargo d'armes sur décision du CSONU, milices et autres groupes rebelles pouvant provoquer des génocides ou violation majeures des Droits de l'Homme, groupes terroristes, et de la criminalité organisée, dont le concept a été approuvé à l'ONU (résolution L39 du 31.10.2008) par 145 pays, 18 pays s'abstenant (dont la France), et seuls les Etats-Unis et le Zimbabwe s'y opposant, pourrait être l'occasion pour Obama de revenir très tôt dans le domaine de la négociation multilatérale (il prônait déjà la participation américaine à ces travaux, de même que Joe Biden, depuis le sénat dans une lettre datée de janvier 2006). Pour ce qui est du désarmement non-conventionnel, et de la régulation des armements conventionnels, il est à prévoir que l'administration Obama cherchera à redémarrer les négociations au sujet des traités anti-missiles balistiques (Traité ABM) et de réduction des armes stratégiques (STARTIII), et ratifiera le traité d'interdiction complète des essais nucléaires (TICEN / CTBT), refusée par le Sénat en 1999, avec un objectif annoncé de réduction et sécurisation des arsenaux nucléaires mondiaux, et la création potentielle d'une "Banque Nucléaire Mondiale" (de fuel nucléaire et matériel nucléaire), telle que détaillée dans le programme électoral d'Hillary Clinton (voir billet), ainsi que l'augmentation des crédits alloués à l'AIEA ($130 millions actuellement). En ce qui concerne la régulation du droit international, le débat sur la Cour Pénale Internationale sera à nouveau ouvert, avec un changement possible d'orientation du Congrès américain, suite aux gains réalisés par les démocrates dans la Chambre des Députés et au Sénat. La position américaine pouvant facilement évoluer, compte tenu des agissements des différents tribunaux internationaux pour les sorties des crises (ex-Yougoslavie, Rwanda, Libéria, CPI Ouganda), le rôle incontesté aux Etats-Unis du CPI dans le cadre de la crise soudanaise (voir billet sur le géojuridisme), et la non mise en accusation, à ce jour, de troupes américaines (argument repris ad nauseam contre la ratification de la CPI au Congrès américain). En ce qui concerne la réforme de l'ONU, les Etats-Unis ne devraient pas changer leur position sur la réforme du Conseil de Sécurité (refusant de perdre leur droit de véto lors de toute reforme institutionnelle), mais pourrait évoluer en ce qui concerne la représentativité de l'institution, notamment pour les Etats démocratiques participant aux actions internationales de maintien de la paix (Japon, Allemagne, Brésil, Mexique, Inde, Afrique du Sud) et autres pays alliés (Egypte, Indonésie, Nigéria, Pakistan), et leur financement des opérations de maintien de la paix (sans pour autant accepter un commandement onusien de troupes américaines), tout en continuant probablement de critiquer les institutions onusiennes en matière spécialisées sur les Droits de l'Homme.
La nouvelle administration démocrate changera légèrement les orientations de sa politique commerciale, mettant l'accent sur des mesures de protection des normes sociales et environnementales, sans pour autant changer ses axes stratégiques en matière de production agricole subventionnée (les biocarburants seront probablement un point d'achoppement des futures négociations) et de protection de la propriété intellectuelle (sur ce dernier point, les travaux du CIEC, pour la promotion des droits à la propriété intellectuelle, notamment dans les pays en développement, sont de toute première importance). Ces mesures prendront toute leur importance au Congrès avec l'augmentation du taux de chômage américain à hauteur de 6,5%, son niveau le plus élevé depuis 1994. Ce point de convergence avec la politique commerciale de l'UE, continuera de créer un conflit au sein de l'OMC pour les négociations de Doha, notamment avec les BRIC et les autres ensembles régionaux (UA, Unasur, ASEAN), en favorisant les accords commerciaux régionaux (ASEAN Plus Trois, FTAAP, Mercosur, SADC, etc.), à moins d'une négociation réalisée à l'échelle du G20, plutôt que les négociations informelles au sein des ensembles de type Davos (voir billet).
L'équipe de 300 conseillers en politique étrangère de Barack Obama, gérée pendant les prochains mois par le nouveau Secrétaire Général de la Maison Blanche, Rahm Emmanuel, et le prochain Secrétaire d'Etat (dont la nomination interviendrait possiblement avant le 15 novembre), semblerait se structurer lors de la période de transition en préparation à l'entrée à la Maison Blanche autour des personnalités suivantes:
- Joe Biden, Vice-Président, président du Comité des Affaires Etrangère du Sénat américain entre 2007 et 2008;
- Hillary Clinton, en tant que potentiel Secrétaire d'Etat, ancien candidat démocrate en 2008 avec une vision détaillée de la politique étrangère américaine (voir billet), Sénatrice de New-York membre du Comité des Forces Armées et la Commission de Helsinki, ancienne Première Dame; sa nomination serait un moyen pour Barack Obama de se concentrer sur la politique nationale et transférer les responsabilités internationales à une figure de premier plan, mais l'excès de politisation de ce rôle pourrait cependant desservir le Département d'Etat, de la même manière que cela a été le cas sous l'administration Bush avec Colin Powell et Condoleezza Rice (mise à jour 18.11.2008)
- John Kerry, en tant que potentiel Secrétaire d'Etat, ancien candidat démocrate en 2004, ancien combattant au Vietnam, Sénateur en poste et membre du Comité des Affaires Etrangères du Sénat;
- Richard Holbrooke, ancien Secrétaire d'Etat adjoint sous Warren Christopher pour l'Asie puis pour l'Europe, ancien Ambassadeur américain en Allemagne puis aux Nations Unies, responsable des négociations de Dayton sur la Bosnie et conseiller aux affaires étrangères pour les campagnes de John Kerry (2004) et d'Hillary Clinton (2008);
- Bill Richardson, autre candidat au poste de Secrétaire d'Etat, Gouverneur du Nouveau Mexique, ancien membre de la Chambre des Représentants, ancien Ambassadeur américain aux Nations Unies puis Secrétaire à l'Energie sous Clinton, ancien candidat démocrate pour la nomination en 2008 dont la mère est d'origine mexicaine;
- Susan Rice, en tant que Conseillère à la Sécurité Nationale, NSA, ex-Secrétaire d'Etat adjointe aux affaires africaines sous Madeleine Albright, puis membre du NSC;
- Al Gore, en tant que Secrétaire à l'Energie, ancien Vice-Président, Sénateur et membre de la Chambre des Représentants, ex-candidat démocrate en 2000, Prix Nobel de la Paix 2007, fondateur de l'Alliance pour la Protection du Climat, et principal figure des campagnes environnementales aux Etats-Unis;
- Anthony Lake, ancien NSA de Bill Clinton et conseiller d'Obama pendant la campagne électorale;
- Greg Craig, ancien conseiller en politique étrangère du Sénateur Edward Kennedy, Directeur du Département de Politique et Planification du Département d'Etat sous Madeleine Albright, et conseiller de Bill Clinton;
- Sarah Sewall, spécialiste de la lutte contre les insurgés, la lutte anti-terroriste, et le droit pénal international, ancienne assistante du Sous-Secrétaire à la Défense pour les opérations de maintien de la paix et l'aide humanitaire, directrice du Centre Carr pour les Droits de l'Homme et professeur à Harvard;
- Scott Gration, Général de l'Air Force à la retraite, qui a grandi en RDC, ancien assistant au Sous-Secrétaire de l'Air Force pour les affaires internationales, et directeur de la Planification pour EUCOM, conseiller d'Obama pour les affaires africaines;
- et peut-être Chuck Hagel, Sénateur républicain du Nebraska, membre du Comité des Affaires Etrangères du Sénat très critique des positions de l'administration Bush lors de son intervention en Irak et sur le Patriot Act;
- Colin Powell, ancien Secrétaire d'Etat de George W. Bush, Directeur du Commandement Intégré sous George H.W. Bush et Bill Clinton, et NSA sous Ronald Reagan, ayant soutenu Obama le dernier mois de l'élection, revirement important par rapport aux républicains et l'administration en place;
- Samantha Power, ancienne conseillère de Barack Obama pendant les primaires avant de démissionner pour cause de critiques à l'égard d'Hillary Clinton, Prix Pulitzer 2003, spécialiste des Droits de l'Homme, des génocides, de la lutte mondiale anti-sida, et des missions de l'ONU, professeur à Harvard;
- Dennis Ross, ancien envoyé spécial de George H.W. Bush puis Bill Clinton au Moyen-Orient, Directeur du Département de Politique et Planification du Département d'Etat sous James Baker;
- Ivo Daalder, spécialiste de la prolifération nucléaire à l'Institut Brookings, ancien directeur des Affaires Européennes du NSC sous Bill Clinton, membre de la Commission Hart-Rudman sur les défis sécuritaires du XXIème siècle (1998-2001), créée à la demande du Secrétaire à la Défense William Cohen (1997-2001);
- Jeremy Shapiro, spécialiste des relations atlantiques à l'Institut Brookings, conseiller de politique étrangère d'Obama, homme-clé dans le cadre des négociations au sein du G20 sur la réforme du système financier international et le partenariat stratégique nouveau avec l'UE et au sein de l'OTAN;
- Mark Brzezinski et Michael McFaul, spécialistes de la Russie et de la gouvernance par le droit, le premier étant un ancien membre du NSC sous l'administration Clinton, et le fils de Zbigniew Brzezinski, le NSA sous Jimmy Carter, et le deuxième un professeur de Stanford, membre de la Fondation Carnegie.
Compte tenu des objectifs ambitieux donnés à la diplomatie américaine sous l'administration Obama, il est à prévoir que l'ensemble de ces acteurs aient un rôle officiel ou officieux, ce dernier rôle pouvant aussi intégrer les ex-présidents Bill Clinton en tant que médiateur d'exception pour le Moyen-Orient ou les Balkans, et Jimmy Carter pour tous les conflits de moyenne envergure en Afrique et en Asie, notamment dans le cadre de ses activités au sein des Elders (voir billet). De même il est à prévoir un développement sans précédent des capacités de la diplomatie américaine afin de remplir l'ensemble des missions dont elle sera chargée, et celui de l'USAID, au coeur de la stratégie de diplomatie de charme du nouveau président. Ce développement viendrait en complément de celui prévu pour les forces armées américaines, qui ne sont plus à même de remplir leur objectif des années 90, celui d'intervenir simultanément sur deux théâtres d'opérations de moyenne envergure. Le Secrétaire à la Défense actuel, Robert Gates, pourrait être maintenu, ou remplacé par Richard Danzig, l'ancien Secrétaire à la Marine de Bill Clinton et conseiller d'Obama, ou Sam Nunn, ancien Sénateur démocrate (dirigeant du Nuclear Threat Initiative, cherchant à réduire l'impact des armes nucléaires, biologiques et chimiques, qui a été envisagé en tant que colistier ou Secrétaire à la Défense lors des campagnes d'Al Gore et John Kerry), voire Chuck Hagel.
Il s'agirait ainsi, selon les promesses de campagne de renforcer les forces de l'armée de terre et des marines avec 92 000 militaires supplémentaires pour les conflits conventionnels à venir, mais surtout pour mieux lutter dans des conflits où les forces en présence sont asymétriques nécessitant des tactiques anti-insurrectionnelles et anti-guérilla, d'équiper à nouveau l'armée et notamment les forces spéciales, d'enseigner des langues étrangères aux forces déployables, et multiplier les actions de formation des forces alliées (Afghanistan, Irak, Philippines, Géorgie, etc.). Une idée de financement du développement des forces terrestres, abordée pendant la campagne électorale, a été la réduction du budget alloué à la défense anti-missile, provoquant une opposition farouche des républicains. Du point de vue du renseignement, la crainte du Directeur du Renseignement (DNI), Mike McConnell, est de voir un nouvel attentat d'envergure sur le sol américain au cours de premiers mois de la présidence d'Obama (à l'image des attentats du 11 septembre, ou la première attaque du WTC sous Clinton en 1993), une "période de très grande vulnérabilité" (voir billet du blog Affaires Etrangères), mais aussi de voir un regain de tensions liées aux pénuries de l'eau (voir billet sur la Géopolitique de l'Eau); le risque additionnel lié aux tentatives probables d'assassinat du premier Président noir par des groupes extrémistes (à l'image de l'assassinat des grandes figures du mouvement des droits civiques), potentiellement assistés par des extrémistes étrangers, seront aussi intégrées dans les rapports de renseignement (sachant que le risque de tentative d'assassinat s'est avéré réel pour tous les présidents depuis Nixon, et que quatre présidents ont été assassinés). En termes de renforcement des effectifs du renseignement, il semble probable que l'administration Obama renforcera, et concentrera, l'ensemble des efforts et des agences de renseignement américaines, selon les conclusions du rapport bipartisan de la Commission du 11 septembre, exigeant la formation et le déploiement d'un grand nombre d'espions (activités terroristes, insurrectionnelles, financières dont les hawalas, commerciales, guérillas, gouvernements sous surveillance, pays émergents, concurrents géostratégiques, etc.), et l'amélioration qualitative des moyens de surveillance électronique, ainsi que du reporting intra-gouvernemental.
La "Vielle Europe", selon le qualificatif qui plaisait à l'ancien Secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld, et l'OTAN, en tant qu'élément essentiel de projection de puissance, devraient à nouveau trouver tout leurs poids diplomatique à Washington, tout comme l'UE en tant qu'entité diplomatique (cf. discours de Berlin d'Obama du 24.07.2008; Obama a d'ailleurs présidé au Sénat le Sous-Comité des Affaires Européennes avec l'aide de Joe Biden, Président du Comité des affaires étrangères du Sénat). De plus, les relations privilégiées entre Washington et Londres ("special relationship") devraient s'étendre à l'Allemagne et la France, compte tenu de l'atlantisme retrouvé des dirigeants à Paris et Berlin, voire à l'UE dans son ensemble. L'UE est en effet devenue un puissant levier de politique étrangère pendant la durée de l'administration de George W. Bush, mais les positions diplomatiques au sujet des grands dossiers d'actualité auront beaucoup divergé pendant cette période, rendant les actions communes difficiles pour les nouveaux responsables américains à court terme. Cela concerne non seulement le positionnement particulier de l'UE sur le dossier épineux de la Russie du duo Poutine-Medvedev (voir billet), mais aussi sa projection de soft power en Europe de l'Est (Biélorussie, Ukraine, Moldavie, avec un mission EUBAM de contrôle des frontières pour ces deux dernières), dans les Balkans Occidentaux (Serbie, voir billet, Croatie, Bosnie, Kosovo, voir billet, Monténégro, voir billet, Macédoine, Albanie), au Caucase Sud (EUMM Géorgie et EUJUST Themis), le règlement en cours de la question chypriote (voir billet), les relations géostratégiques avec la Turquie (qui s'est progressivement éloignée des Etats-Unis avec un anti-américanisme croissant de la population; au point de lancer une opération militaire en Irak sans l'aval américain, de négocier directement avec la Géorgie et la Russie sans s'embarrasser des positions du Département d'Etat sur ce dossier; une méfiance à l'égard de Joe Biden et ses liens avec les lobbies arméniens et grecs; et de la position d'Obama sur Chypre), et dans ses relations euro-méditerranéennes (Union pour la Méditerranée - Processus de Barcelone, voir billet). Les outils privilégiés de ce soft power étant la Politique de Voisinage (PEV), les Accords d'Association et Stabilisation (ASA), la PESC et la PESD en plein essor. Au delà des actions à sa périphérie, les actions diplomatiques et militaires du trio européen en Iran (France - Royaume-Uni - Allemagne), au Tchad et en RCA (EUFOR Tchad RCA, voir billet), en RDC (EUSEC RDC, EUPOL RDC, EUPOL Kinshasa, EUFOR RDC, voir billet), au Zimbabwe (voir billet), en Guinée Bissau (EUSSR), au large des côtes somaliennes (EUNAVCO), en appui à l'AMIS au Darfour, en Indonésie (AMM Aceh), au Liban (voir billet), en Irak (EUJUST LEX), en Afghanistan (EUPOL Afghanistan), en Palestine (EUBAM Rafah, EUPOL COPPS) seront aussi au coeur de la stratégie multilatérale de réduction des zones de crises mondiales, qui pourront pallier aux défaillances militaires américaines. Par ailleurs le rôle de l'OTAN, plus particulièrement en Afghanistan avec l'ISAF, mais aussi en Irak, avec un besoin criant de stabilisation seront essentiels dans le cadre du désengagement militaire américain souhaité par Obama en Irak, avec un ré-engagement en Afghanistan et au Pakistan (voir billet), le timing électoral européen étant de toute première importance, notamment en Allemagne et au Royaume-Uni, pour réussir à "vendre" ce nouvel engagement militaire à l'opinion publique européenne.
La "Nouvelle Europe", choyée par l'administration précédente pendant l'escalade diplomatique menant à la Guerre d'Irak, puis la période de guerre afin de légitimer le rôle de la coalition autour des Etats-Unis, et enfin pour l'installation du Bouclier Anti-Missile, craint la réduction de son influence à Washington (cette "influence" étant à relativiser) avec un retour de confiance envers les alliés européens traditionnels des Etats-Unis. Cependant, le rôle clé des Etats d'Europe Centrale et d'Europe de l'Est dans le cadre de la réduction des tensions latentes avec la Russie, la Serbie, voire la Turquie et l'Ukraine, devrait leur permettre de préserver leur rang dans la diplomatie américaine. Le rôle déterminant de l'UE et ses Etats membres dans les négociations internationales et multilatérales, en matière de droit international, régulation environnementale, régulation de la vente d'armes, négociations commerciales (notamment les accords inter-régionaux croissants avec l'UA, l'Unasur et l'Asean Plus Trois, et les partenariats stratégiques), stabilisation monétaire, réforme du système financier mondial et structuration de la gouvernance mondiale (G8, G20, Conseil de Sécurité, modèle de gouvernance régionale), et d'aide au développement / aide humanitaire, en font un partenaire privilégié pour toute négociation multilatérale que souhaiterait effectuer l'administration Obama.
Un certain rééquilibrage des relations UE / Etats-Unis s'est d'ailleurs fait sentir au sujet de la réforme des institutions financières internationales, de la gestion des crises internationales (environnementale, alimentaire, financière, énergétique), de la reprise des efforts de sécurisation dans les Balkans Occidentaux (EULEX Kosovo, EUFOR Althea et EUPM en Bosnie, EUFOR Concordia, EUPOL Proxima et EUPAT en Macédoine), de la crise géorgienne et de la nouvelle crise en RDC. A la veille de l'élection américaine, l'UE par le biais du Président de la Commission, Jose Manuel Durao Barroso, du Haut Représentant à la
Politique Etrangère et de Sécurité Commune, Javier Solana, et de la Commissaire en charge des Relations Extérieures, Benita Ferrero-Waldner, a profité de l'occasion pour envoyer une lettre cherchant à refonder le partenariat stratégique entre les deux puissances, faisant état des convergences possibles en matière de gouvernance mondiale, et de l'expérience de l'UE en matière d'intégration économique, du besoin d'Amérique dans les négociations liées à la crise climatique (en intégrant la Chine et l'Inde en tant que pays fortement pollueurs), celles du Cycle de Doha à l'OMC (désaccords Inde / Etats-Unis), la lutte mondiale contre les pandémies, la désertification, les migrations pour cause de crise climatique, etc., et du rôle de l'UE dans les crises sécuritaires mondiales, notamment en Europe de l'Est, au Caucase Sud et en Afrique. L'objectif de cette lettre, émettant le souhait d'un nouveau Partenariat Atlantique pour la Mondialisation, en complément de l'OTAN, du marché commun de l'Atlantique en négociation (TAFTA), et du Conseil Economique Transatlantique, étant de contrer, dès l'élection achevée, toute velléité d'isolationnisme de
la part des candidats en considération pour les postes de Secrétaire ou Sous-Secrétaire du Département d'Etat et du Département de la Défense. Toutefois, les orientations plus régulatrices de l'UE sur le système financier mondial (transactions inter-bancaires, agences de notation, principe comptable de fair value), les capacités de projection militaire limitées de l'UE pour le moment, et le peu d'appui populaire européen pour des projections de forces accrues, ne permettront pas à l'UE et aux Etats-Unis de trouver une position commune diplomatico-militaire facilement.
Les relations américano-russes se sont tendues ces dernières années au sujet de l'extension de l'OTAN, du Bouclier Anti-Missile (BAM), de la question du Kosovo et les relations russo-serbes, du chantage énergétique réalisé par la Russie en Europe de l'Est (Ukraine), des tensions diplomatiques russo-polonaises, des tensions économiques, juridiques, et de liberté des médias en Russie (voir billet), du manque de transparence dans le processus électoraux russes (voir billets ici et ici), lors de l'élection présidentielle (voir billet), de la redynamisation des forces conventionnelles russes (et son potentiel de déstabilisation nucléaire), mais surtout ces derniers mois suite aux crises géorgiennes, en Abkhazie (voir billet), et en Ossétie du Sud, cette dernière provoquant un débordement (effet "spillover") géopolitique en Europe de l'Est (Ukraine et Crimée, déploiement de l'OTAN en Mer Noire, Moldavie et Transnistrie, Biélorussie, accélération de la validation du BAM en Pologne et République Tchèque), au Caucase Sud (reconnaissance des républiques séparatistes en Géorgie, tensions accrues en Azerbaïdjan et au Haut Karabakh), en Asie Centrale (recherche d'appui aux actions russes via l'OCS), et en Amérique Latine (exercices militaires communs au Venezuela, reconnaissance des républiques séparatistes géorgiennes par le Nicaragua, contacts avec les pays de l'ALBA). La Président Medvedev, souhaitant faire valoir la continuité dans cette politique de tensions géostratégiques, avec des menaces à consommation politique interne pour démontrer le retour de la Russie au statut de grande puissance, y compris dans l'environnement post-électoral aux Etats-Unis, a annoncé le lendemain de l'élection d'Obama, le déploiement de missiles à Kaliningrad (missiles Iskander) afin de contrer, si besoin, les installations permanentes du BAM, la mise en oeuvre de techniques de brouillage pour éviter l'activation du BAM, et accusé les Etats-Unis de gonfler la bulle financière pour financer leur croissance.
L'administration Obama poursuivra probablement les engagements de campagne sur la tenue de réunions diplomatiques au plus haut niveau, permettant de débloquer les dossier en cours, notamment celui de la crise financière qui représente un risque (valeurs boursières russes) et une opportunité (acquisition de parts importantes de sociétés étrangères, notamment en Islande) pour la Russie, et engager à nouveau les pourparlers sur le désarmement nucléaire, ainsi que sur les armes tactiques en Europe, qui ont été bloquées sous l'administration Bush, en échange potentiellement d'un désengagement partiel du BAM (auquel les démocrates tiennent moins, même si cela serait difficile à faire passer au Congrès). Ces points devant entrer dans un cadre plus global intégrant aussi les risques aux frontières russes, notamment en provenance de l'Iran ou des groupes séparatistes au Caucase (Abkhazie, Ossétie du Sud, Haut Karabakh, Adjarie, Nakhitchevan, ou à l'intérieur de la Russie avec la Tchétchénie / Itchkérie, l'Ingouchie, le Daghestan), mais aussi dans le cadre de tout règlement forcé pouvant mener à une association russo-abkhaze ou une réunification entre l'Ossétie du Nord - Alanie et l'Ossétie du Sud, le rôle de l'OSCE et de la Turquie, les relations Russie-OTAN au sein du CCNA / CPEA / PPP / OCC (voir billet), la liberté d'action accordée au GUAM, et la concurrence entre les différents corridors énergétiques, notamment entre le gazoduc Nabucco (que les russes essaient de contourner en rachetant le gaz en provenance d'Azerbaïdjan; qui aurait des embranchements en Asie Centrale depuis le Turkménistan et le Kazakhstan, et au Moyen-Orient depuis l'Irak via la Turquie) et le South Stream. C'est dans ce cadre que la Russie trouvera d'ailleurs son compte, avec le souhait marqué de redevenir une puissance à part entière dans un environnement multilatéral (usant de relais en Chine, Inde, Iran et Venezuela), limitant les actions unilatérales américaines (d'où l'intérêt marqué pour des discussions américano-iraniennes), même si elle se méfie des administrations démocrates, usant non seulement des politiques de hard power, mais aussi de soft power, notamment en matière de droits de l'homme, qui déstabilisent parfois les diplomates russes. Toutefois, un nouveau revirement politique interne en Ukraine, favorisant le camp pro-russe au détriment des pro-occidentaux, pourrait, selon les mesures politiques et militaires prises par Kiev et Moscou, créer un nouveau cycle de tension internationales englobant non seulement les Etats-Unis et la Russie, mais aussi l'UE, le GUAM, voire l'ALBA et l'OCS.
Au Proche et Moyen-Orient, l'arrivée de l'administration Obama signe la fin du projet démesuré de Remodelage du Grand Moyen-Orient (GMEI) sous l'administration Bush, fortement inspiré par les néoconservateurs, Dick Cheney et Donald Rumsfeld, visant à promouvoir les changements de régime, les liens commerciaux avec l'occident, et étendre l'influence des Etats-Unis dans cette région du monde. En parallèle, le processus de paix israélo-palestinien, bloqué par l'inertie diplomatique, notamment avec les négociations stériles d'Annapolis (voir billet), redeviendra probablement une priorité diplomatique américaine, en tant que pierre angulaire des relations internationales et des relations régionales (avec l'aide des négociateurs de choc que seraient Bill Clinton et Jimmy Carter). Bien que le candidat Obama n'ai pas fixé de ligne politique claire sur ce sujet, à l'exception d'une volonté accrue de dialogue et de gestion des conflits au cas par cas reprenant la méthode Clinton de "micro-management" (Israël-Palestine, Israël-Syrie, Liban-Syrie, Syrie-Irak, Syrie, Iran, Irak), et un appui continu à l'Etat d'Israël (insistant sur la notion d'Etat juif, de capitale placée à Jérusalem - position allant à l'encontre de la politique américaine antérieure à George W. Bush - et sur le droit à la sécurité), il reste les inconnues liés aux développements post-Clinton, notamment ceux du Hamas à Gaza (voir billet), la perception des nouveaux dirigeants du Fatah et leur gestion des élections et de la gouvernance en Cisjordanie, le Hezbollah au sein du système institutionnel revigoré au Liban (voir billet), les négociations israélo-syriennes par le biais de la diplomatie turque. De même, les relations avec le plus vieil allié américain au Moyen-Orient, l'Arabie Saoudite (depuis 1945 et l'Accord de Quincy), ne devraient pas changer, si ce n'est par une plus grande prise en compte des aspects sécuritaires, notamment les propositions saoudiennes pour la pacification du Proche-Orient (Liban, Palestine), de containment de l'Iran (l'Arabie Saoudite favorisant le dialogue avec l'Iran, à l'image de l'invitation faite au Président Ahmadinejad de visiter La Mecque), et de la diversification économique du royaume (en retard par rapport aux autres monarchies de la région, dont le poids géoéconomique a augmenté par le biais des fonds souverains, et le poids géopolitique ne cesse de croître face à l'Iran et dans le cadre des négociations proche-orientales), au détriment des liens personnels, notamment en matière énergétique, tissés avec le clan Bush (surtout George H.W. Bush), et dégradés depuis le sommet de Djeddah de juin 2008 (voir billet).
En ce qui concerne la Syrie, l'attaque aérienne américaine à la frontière irako-syrienne le 26.10.2008, ainsi que l'attaque israélienne contre une installation militaire (nucléaire?), représentent une tendance lourde de la politique étrangère de George W. Bush, n'hésitant pas à effectuer des attaques à l'extérieur d'un théâtre d'opérations, en s'appuyant si utile sur des pays tiers, quitte à risquer un embrasement régional, ne devrait plus avoir lieu que de manière exceptionnelle (sur la base d'informations tangibles sur les principaux membres d'Al Qaïda). Cependant le message à l'intention de la Syrie, s'opposant frontalement à ses aides aux groupes rebelles et / ou terroristes, et à sa projection en Irak et au Liban, en parallèle d'un retour dans le mainstream diplomatique au sein de l'Union pour la Méditerranée, avec la mise en place de liens diplomatiques avec le Liban et un processus de paix au sujet du Golan et de la Palestine (permettant une éventuelle application de la résolution 242 du CSONU), balise le chemin des négociations américano-syriennes à venir, avec un équilibre à trouver entre les intérêts américains et israéliens dans la région, ainsi que la stabilisation du Liban, de l'Irak et de la Palestine, usant de la diplomatie européenne, turque, égyptienne et saoudienne. Le même scénario pourrait se produire pour l'Iran, post-élections présidentielles (août 2009), que ce soit avec le conservateur Mahmoud Ahmadinejad, ou un membre réformiste de l'entourage de Mohammad Khatami, chemin balisé par Ahmadinejad avec une lettre de félicitations envoyée au Département d'Etat pour l'élection d'Obama (une première pour la République Islamique), et recadré par Obama dans sa première conférence de presse post-électorale, précisant le maintien de la position ferme des Etats-Unis sur le développement d'armes nucléaires et le soutien au Hamas et au Hezbollah, démontrant ainsi qu'il n'y aura pas de concessions automatiques sur lesquelles Ahmadinejad pourrait faire campagne, mais un potentiel changement de ton de la diplomatie américaine après l'investiture d'Obama, avec une recherche de dialogue sur les intérêts communs (sécurisation et ouverture des exportations / exploitations d'hydrocarbures, lutte contre Al Qaïda et les Talibans, stabilisation en Irak, processus de paix israélo-palestinien). En Israël et en Palestine, l'élection de Barack Obama, avec une position favorisant la négociation israélo-palestinienne mais aussi régionale, par opposition au soutien inconditionnel de l'administration Bush à Israël, aura un résonance politique interne, et pourrait favoriser, avec l'aide du Président Shimon Peres, et de l'armée israélienne (bénéficiaire de la majeure partie des $2,4 milliards d'aides américaines), lors des élections législatives de février 2009, la "voie médiane" du Parti Kadima, et sa nouvelle dirigeante, Tzipi Livni, ainsi que l'élection d'un modéré du Fatah lors des élections présidentielles palestiniennes de janvier 2009, permettant d'envisager un processus de paix intégrant Jérusalem, les colonies israéliennes, et le mur de séparation avec la Cisjordanie, sur lesquels les membre du Likoud, dont Benyamin Netanyahou, bloquent totalement, de même que les membres du Hamas, même si les éléments rendant la résolution finale du conflit improbable demeurent, notamment la présence de colons israéliens sur territoire palestinien, et le droit de retour des réfugiés sur le sol palestinien.
Le retrait programmé des troupes américaine en Irak en 16 mois (initialement il était question de quatre mois et d'un retrait total), laissant la sécurisation militaire du pays aux forces gouvernementales irakiennes (voir billet), permettant un redéploiement dans les bases américaines de la région (Koweït, Bahreïn, Qatar, EAU, Oman, et dans une moindre mesure en Arabie Saoudite et en Jordanie), sera probablement réévalué en fonction du succès continu de l'Irak Troop Surge de 2007 (déploiement de 20 000 hommes supplémentaires dans la région de Bagdad, ramenant le total des troupes en Irak à 160 000), l'élimination (provisoire?) des forces d'Al Qaïda dans le triangle sunnite, l'arrêt des opérations des forces sadristes de l'Armée du Mahdi, et leur réintégration progressive dans le cadre institutionnel irakien, le ralliement grâce au financement américain d'un nombre croissant de membres de l'Armée Islamique en Irak, le rôle stabilisateur des groupes sunnites Sahwa et Satwa soutenus par les américains (ces deux derniers avoisinant les 100 000 hommes), du transfert progressif des responsabilités militaires régionales aux forces gouvernementales irakiennes, et du regain de tensions aux frontières irako-syrienne et irako-turque. Autre élément de poids qui rentrera en ligne de mire, le rôle que souhaitera avoir l'Iran dans ses relations avec le gouvernement irakien et les gouvernements provinciaux de la zone chiite, en créant des partenariats stables, ou bien sous forme de déstabilisation et récupération politique et économique, pouvant créer des pressions de la part des alliés saoudiens et israéliens, voire des républicains américains - refusant toute expansion de la puissance régionale iranienne, notamment autour des réserves pétrolières saoudiennes - pour un maintien d'un nombre significatif de forces américaines en Irak, et à l'inverse des pressions importantes pour les démocrates aux Etats-Unis, s'ils n'opèrent pas réellement le retrait promis lors de la campagne électorale. Toutefois l'ensemble de ces éléments, qui ont permis une évolution significative de la situation sur le terrain par rapport aux débuts de la campagne électorale, permettent de justifier du point de vue géostratégique le retrait progressif d'un nombre significatif de troupes américaines, tout en maintenant des effectifs élevés d'ici 2011 (50 000 hommes?) afin d'éviter une dégradation de la situation sécuritaire dans le pays (le scénario souhaité par le commandant américain en Irak, David Petraus, étant de maintenir un nombre très élevé de troupes, 100 000?, pendant un temps encore relativement long), tout en permettant le transfert de troupes du théâtre irakien (15 brigades actuellement, $525 milliards dépensés) vers le théâtre afghan (3 brigades américaines, $140 milliards dépensés; Obama souhaitant envoyer deux nouvelles brigades; cette option sera d'ailleurs sûrement défendue par le Général Petraus en tant que nouveau responsable du CENTCOM depuis novembre 2008), en attendant un hypothétique renforcement du nombre global de troupes américaines (les déploiement de troupes dépassant à l'heure actuelle régulièrement les 12 mois), permettant de contrer toute expansion de l'influence iranienne, ou la désagrégation de l'Irak en plusieurs entités, ce qui signifierait un regain de tensions régionales (Turquie au Kurdistan, Iran et Israël dans la zone chiite, Arabie Saoudite et Syrie dans la zone sunnite).
Toutefois, l'ensemble de ces éléments feront l'objet d'une révision constante en fonction des aléas sécuritaires en Irak, la stabilité relative du gouvernement irakien de Nouri Al Maliki, et des gouvernements provinciaux, notamment au Kurdistan et dans le sud chiite, mais surtout de l'état des négociations diplomatiques à venir entre les Etats-Unis et la Syrie, et les Etats-Unis et l'Iran, ainsi que la participation internationale à tout règlement politique, militaire et financier du conflit, permettant un éventuel accord sécuritaire régional / international. Le retrait des troupes américaine s'opérera donc sur une période de plusieurs années, avec un maintien probable de bases américaines sur le territoire, ayant la mission de poursuivre tout nouveau développement terroriste (notamment Al Qaïda) et de former l'armée irakienne, éléments en cours de négociation (Status Of Force Agreement - SOFA - le mandat de l'ONU couvrant les forces américaines en Irak expirant à la fin de l'année), avec Al Maliki, qui demande un retrait d'ici 2011, un contrôle juridique irakien plus important des actions militaires américaine, la limitation des actions transfrontalières de l'armée américaine, et le retrait des forces américaines des villes irakiennes post-2009. Toutefois, la stabilisation de l'Irak passera aussi par l'acceptation du SOFA par le Parlement irakien, voir le Congrès américain, par des accords de gouvernement, suite aux élections provinciales de janvier 2009, permettant une plus grande représentation des sunnites dans l'exécutif, voire des Cheikhs tribaux, par le règlement de la question fédérale (prônée par les kurdes et certains chiites), et par le règlement de la question de Kirkuk (appartenance provinciale et répartition des revenus des exportations d'hydrocarbures entre le gouvernement national et les provinces kurdes).
En Asie Centrale, la stratégie de renforcement des troupes de l'ISAF et de l'Opération Enduring Freedom (OEF) souhaitée par Obama de manière concomitante au retrait des forces américaines en Irak, et d'un engagement plus important des européens au sein de l'OTAN (parallèlement au retrait annoncé des forces néerlandaises et canadiennes), se heurtera aux réticences des opinions européennes à engager davantage de troupes, et leur incapacité stratégique à déployer un grand nombre d'hommes. Cependant, cette stratégie prend en compte la nouvelle donne de ces derniers mois, avec un nombre croissant d'actions militaires dans les zones tribales du Pakistan (FATA / PATA au NWFP et Baloutchistan), y compris des frappes aériennes et des interventions armées américaines sur le sol pakistanais, sans autorisation préalable du nouveau gouvernement pakistanais d'Asif Ali Zardari. Même si Obama n'a pas écarté de continuer ces frappes unilatérales, la tendance semble indiquer une régionalisation et internationalisation de ce conflit, notamment par le biais d'une réorganisation des forces de l'ISAF avec un commandement plus à l'écoute des revendications européennes, plus particulièrement en matière d'opérations policières civiles (EUPOL Afghanistan), une potentielle fusion des opérations de l'ISAF et de l'OEF (hypothétique en cas d'opérations unilatérales américaines contre Al Qaïda), et le déploiement de forces de l'OTAN au Pakistan avec une mission EUPOL / EULEX, ce qui permettrait aux européens de faire valoir le poids de la PESD dans un cadre multilatéral, ainsi qu'intégrer pleinement les missions liées à la PESD dans les missions de l'OTAN lorsque pertinent, ces missions ayant été jusqu'à présent en remplacement des forces de l'OTAN (voir billet sur le blog d'Olivier Kempf, EGEA, et le rapport du American Institute for Contemporary German Studies, p.18). La régionalisation pouvant aussi s'opérer à travers une participation indirecte de l'Iran suite aux pourparlers Obama - Ahmadinejad, notamment contre le trafic de drogue (voir billet et voir commentaire), voire la Russie, la Chine, et les autres pays d'Asie Centrale aux frontières de l'Afghanistan et du Pakistan, à travers l'OCS (voir partie "Asie Centrale, périmètres géopolitiques et géostratégiques en cours de restructuration" de ce billet), et l'Inde, afin d'éviter un regain de tensions à sa frontière avec le Pakistan (Cachemire, Punjab, Rajastan, Gujarat), l'intensification des attaques terroristes d'islamistes sur son territoire, et de sécuriser ses corridors énergétiques traversant le Pakistan et l'Afghanistan (une alliance Etats-Unis / Inde renforcée étant devenue une hypothèse possible, voire probable). Cette proposition serait probablement présentée lors du sommet fêtant le 60ème anniversaire de l'OTAN à Strasbourg et Kehl en avril 2009, mais les chances réelles d'aboutissement, compte tenu du contexte politique européen, dépendront des avancées américaines sur les autres dossiers, notamment l'Iran, leur capacité à démontrer une véritable stratégie de sortie de crise en Asie Centrale (le Général Petraus sera d'une grande aide pour cela, après une stratégie réussie de sortie quasi-honorable d'Irak, suite à la période géostratégique inepte des néoconservateurs et autres réalistes les ayant accompagné), et le déploiement de la nouvelle stratégie diplomatique américaine en Europe, pouvant permettre à l'UE, et sa PESD, d'y trouver son compte, face aux projections contestées de l'OTAN à l'extérieur de son périmètre historique.
Les autres éléments qui contribueront fortement au changement stratégique en Asie Centrale, seront des facteurs de politique intérieure / politique régionale en Afghanistan et au Pakistan. Les pourparlers souhaités par Hamid Karzaï avec les Talibans dont le Molah Omar dans une Loya Jirga, ainsi que les contacts pré-éxistants entre les services de renseignement européens et les Talibans, en cas d'appui américain, pourraient changer la donne nationale, et renforcer le gouvernement Karzaï qui perd progressivement toute légitimité à l'extérieur de Kaboul, risque de perdre le contrôle avant les élections prévues en 2009, et pourrait laisser un vide de pouvoir favorisant les tadjiks et créant un scénario de guerre civile avec les pachtounes. Une participation partielle des Talibans à la restructuration politique de l'Afghanistan et des zones tribales au Pakistan, en échange d'un désarmement et d'un financement, pourrait être une offre alléchante pour une partie de ces forces, notamment les forces pachtounes s'étant alliées avec les Talibans, mais n'ayant pas participé au gouvernement des Talibans (1995-2001). De même, l'urgence d'un soutien militaire, financier, économique, et politique au Pakistan (voir billet), permettant d'éviter une déstructuration de cet Etat de 160 millions d'habitants, puissance nucléaire ayant déjà fait preuve de prolifération, puissance militaire pouvant facilement faire l'objet d'un Coup d'Etat, hébergeant des extrémistes disposés à étendre leur influence à l'échelle régionale, voire internationale (cf. attentats d'Al Qaïda et guérillas alliées depuis 2001), en échange d'une élimination, par tous les moyens, des soutiens des membres des services de renseignement pakistanais (ISI) aux Talibans, pourrait changer la perception mondiale des risques en Asie Centrale et accélérer une participation accrue des forces internationales dans ce pays, ainsi qu'en Afghanistan. La capacité de la nouvelle administration américaine à favoriser ces tendances, faisant preuve d'un grand réalisme tactique, et d'une vision géostratégique dépassant le court-terme, pourrait bouleverser de manière durable les facteurs géopolitiques actuels en Asie Centrale et Asie du Sud (cf. alliance Etats-Unis / Inde).
En Asie de l'Est, au delà du défi que représente la mise en place d'un partenariat stratégique équilibré avec la Chine (voir dossier), il s'agit aussi de rassurer le Japon, la Corée du Sud (voir billet) et Taïwan sur la nature des relations sino-américaines, du cadre multilatéral prévu de négociation avec la Corée du Nord, et de la politique américaine au sujet du rapprochement intra-chinois entre la RPC et Taïwan récent (PCC-Guomindang, voir billet). Le véritable challenge demeure cependant le rééquilibrage des échanges commerciaux et financiers entre les Etats-Unis et la Chine, mettant l'accent sur la structure des joint ventures, le respect du droit commercial, et plus particulièrement tout ce qui touche à la propriété intellectuelle (élément vital pour le rééquilibrage commercial), mais aussi les liens financiers entre les deux pays, avec une politique monétaire chinoise qui devrait permettre au Yuan de flotter selon Washington, maintenir les réserves monétaires en Dollars (ces réserves se chiffrant à un trillion de dollars, sont les plus importantes du monde), et préserver les investissements en bons du trésor américains ($519 milliards), permettant de maintenir les déficits de la balance des paiements et donc éviter un regain de protectionnisme américain. Compte tenu des partenariats économiques en développement au sein de l'ASEAN Plus Trois et avec Taïwan, avec le reste de l'Asie développée ou émergente, mais aussi avec l'Europe au sein de l'ASEM, les Etats-Unis devront dynamiser l'APEC, notamment la composante de libre-échange envisagée, le FTAAP, afin de ne pas conforter la mise à l'écart commerciale progressive qui se voyait sous l'administration de George W. Bush, en contraste flagrant par rapport aux administrations de George H.W. Bush et Bill Clinton. De plus, l'alignement de la RPC sur la ligne anti-terroriste de Washington, et la réduction de son soutien au Soudan et au Zimbabwe, auront quelque peu pacifié les relations tendues visibles lors de l'élection américaine de 2000, contrairement au dossier tibétain qui reste un élément de discorde fort. Néanmoins, de discours diplomatiques discordants pourraient émerger, avec la crainte que représente aux Etats-Unis une projection de force de la RPC sur l'ensemble des théâtres d'opérations à l'horizon 2025-2030, nécessitant selon les multilatéralistes la création d'un système international encadrant la RPC dans tous les domaines de la projection de puissance (intégration dans le G8, OCDE, etc.). En ce qui concerne les opérations anti-islamistes alliés à Al Qaeda en Asie du Sud Est, les combats menés aux Philippines par les forces spéciales américaines et l'armée nationale devraient se poursuivre mais en intégrant d'autres éléments anti-terroristes plus pertinents (renseignements, actions financières et anti-hawala, surveillance des ONG islamiques et des Madrasa extrémistes), avec une généralisation possible de ces actions recadrées sur l'ensemble des territoires alliés d'Asie du Sud Est (Indonésie, Malaisie). Une participation plus active dans les missions de l'ONU au Timor Oriental (voir billet), en appui des forces australiennes, et la réorientation des actions militaires aux Philippines, en accord avec les moyens nécessaires pour la lutte anti-terroriste (renseignement, forces spéciales, surveillance satellitaire, surveillance financière, interception lors de toute projection extra-territoriale), et non seulement la projection de forces anti-insurrectionnelles, permettra de réduire les tensions latentes dans cette sous-région, et la réintroduction de forces américaines, à une échelle moindre de celle qui existait pendant la Guerre Froide (Base de Clark aux Philippines), suite à la reprise en main de l'Asie Centrale (notamment le Kirghizstan et potentiellement l'Ouzbékistan et le Tadjikistan) par les russes et chinois au sein de l'OCS, ainsi que la consolidation d'alliés historiques, notamment la Thaïlande (voir billet) afin d'établir une relation militaire plus forte avec l'ASEAN, et le recentrage de la pression sur le régime birman, en passe de devenir un espace géostratégique de projection réservé à la RPC et l'Inde (voir billet).
En Océanie, l'administration Obama pourra renouer l'alliance naturelle entre les Etats-Unis et l'Australie (alliance exacerbée par les gouvernements Bush et Howard avec la participation australienne à la Coalition en Irak), qui était passé par une période de turbulence suite à l'alternance avec les travaillistes de Kevin Rudd (voir billet), dont le retrait d'Irak et le maintien des forces en Afghanistan était aussi une promesse électorale. L'extension de la participation américaine aux défis sécuritaires en Asie du Sud-Est et en Asie du Sud (Timor Oriental, Birmanie, Philippines, Sri Lanka, voir billet, Afghanistan, Pakistan, Bangladesh), sa ratification du Protocole de Kyoto, une prise de position commune au sein de l'APEC, la dynamisation du G20 (sommets réguliers au niveau des Chefs d'Etat et non plus uniquement au niveau ministériel), auquel participe l'Australie, en tant qu'instrument permettant un plus grand multilatéralisme dans les instances de gouvernance mondiale, et l'intégration progressive du pays dans une OTAN+ (voir billet), pourraient faire de cet axe un des piliers de la stratégie sécuritaire mondiale. Le futur gouvernement de centre-droite de John Key en Nouvelle Zélande devrait aussi être un allié de référence dans la zone, son président s'étant déclaré en 2003 (depuis l'opposition) favorable à la participation de son pays à la Guerre d'Irak.
En Afrique du Nord la situation est particulière, assimilable à bien
des égards à celle du Proche Orient, avec un lien important à
développer avec les Etats pétroliers actuels et en devenir (Algérie,
Libye, Mauritanie), à l'image de ce qui s'est fait entre la France et
la Libye en décembre 2007 (voir billet), une veille active en matière de lutte anti-terroriste contre Al Qaïda au Maghreb Islamique (AQMI, voir billet)
et
ses alliés régionaux et internationaux, au Sahara et au Sahel
(Algérie, Libye, Maroc, Tunisie, Sahara Occidental, Mauritanie, Mali,
Niger) par le biais d'actions ciblées (renseignement, forces spéciales,
moyens satellitaires) et en appui des forces nationales (formation,
armement, "embedded forces"). Par ailleurs, des efforts particuliers
seront probablement déployés pour appuyer les politiques de
développement nationales des alliés nord-africains, cherchant à
minimiser l'impact des oppositions islamistes (le scénario catastrophe
vu de Washington serait leur développement en forces para-militaires, à
l'image du GIA et du GSPC post-FIS en Algérie, ou le Hezbollah et le
Hamas au Proche-Orient), notamment en Egypte, en Algérie et au Maroc.
L'Egypte, deuxième plus grand bénéficiaire de l'aide américaine après
Israël, que ce soit civile ($400 millions annuels) ou militaire ($1,3
milliards annuels), depuis les Accords de Camp David de 1979, ne
devrait pas non plus changer de statut diplomatique, si ce n'est
peut-être par la voie d'une augmentation de l'aide civile, nécessaire
suite à la crise alimentaire (voir billet), en échange d'une plus
grande démocratisation et transparence juridique du régime (Hosni
Moubarak en étant à sa 27ème année au pouvoir, il a mis en place une
élection multipartite en 2005 faisant suite aux référendums
présidentiels précédents mais favorisant par les moyens étatiques le
candidat en poste, il propose la limitation du nombre de mandats à deux
septennats), gérée de manière plus fine qu'en 2005, où les demandes des
Etats-Unis, liées au GMEI, avaient permis aux Frères Musulmans
d'obtenir une représentation significative au Parlement, malgré une
participation limitée (25%), forçant ce dernier à proposer des
amendements constitutionnels interdisant l'utilisation de la religion
dans les activités politiques, mesures approuvées par référendum (mars
2007). C'est au Congrès que les aides sont approuvées, et ces dernières
feront probablement l'objet de débats importants à partir de 2009, de
même que le renouveau du rôle de l'Egypte pour le processus de paix au
Moyen-Orient, quelque peu atténué par les initiatives saoudiennes,
turques, et qataris, malgré un rôle important pendant la crise de Gaza
(le Congrès ayant amputé l'aide militaire de $100 millions suite au
manque de zèle égyptien pour la destruction des tunnels en provenance
de Gaza, et le manque de réforme judiciaire).
En Afrique subsaharienne, le lien particulier qu'entretien Barack Obama avec ce continent, que ce soit par son héritage culturel familial, mais aussi à travers son appartenance à la communauté afro-américaine, très sensible politiquement aux aléas du continent noir, et bien qu'il se soit très peu exprimé sur le sujet, laisse entrevoir un renouveau de la politique américaine en Afrique. Il s'agira, entre autres, de contenir l'influence de l'UE et de la Chine, en créant probablement un équivalent nord-américain au dialogue Union Européenne - Union Africaine (voir billet) et Chine - Afrique (voir billet), afin d'augmenter le volume des échanges Etats-Unis / Afrique qui ne dépassent pas les 3% du commerce extérieur américain, et de mettre l'accent sur les réserves énergétiques stratégiques dans le Golfe de Guinée, notamment au Nigéria et en Guinée Equatoriale (voir billet), zones d'expansion traditionnelles des Etats-Unis, ainsi que relance l'African Growth and Opportunity Act (AGOA) lancé sous la présidence Clinton en 2000. Du point de vue stratégique, la participation des Etats-Unis en tant que fournisseurs de renseignements et de moyens matériels pour les forces de l'ONU présentes au Soudan et en RDC (voir billet), voire même en Somalie, est elle aussi envisageable. Cette participation aux conflits géostratégiques de l'Afrique subsaharienne justifierait aussi la création du poste de commandement AFRICOM (inauguré le 01.10.2008) sur le sol africain (idée mal accueillie par les dirigeants africains, cherchant à réduire les influences militaires extra-africaines), qui est pour le moment un outil de coopération militaire américaine en Afrique, d'assistance technique aux Forces Africaine en Attente (FAA, cinq brigades) de l'UA, permettant de mieux projeter les actions du Département d'Etat et l'aide au développement / aide humanitaire de l'agence USAID. Les relations personnelles du président élu avec le pays d'origine de son père, le Kenya (qui a déclaré une journée fériée suite à son élection) pourrait aussi apaiser les tensions intra-gouvernementales entre le Président, Mwai Kibaki, et le Premier Ministre, Raila Odinga, suite à la crise électorale de décembre 2007 (voir billet). Finalement, le changement de Présidence en Afrique du Sud, et les tensions politiques à prévoir lors des prochaines élections (avril 2009) entre le président en poste, Kgalema Mothlante (ancien membre du Mouvement pour la Conscience Noire de Steve Biko), et l'arrivée au pouvoir possible du président de l'ANC, Jacob Zuma (voir billet), avec une scission de l'ANC, pourrait aussi avoir un impact sur politique étrangère sud-africaine, avec la poussée d'une réaction régionaliste / panafricaniste, face à une intervention grandissante des Etats-Unis sur le continent, une rivalité d'influence potentielle (notamment au sujet du Zimbabwe, voir billet, et des actions dans la zone SADC), et les exigences éthiques d'une diplomatie américaine en cas de dégradation des standards démocratiques de l'ANC.
En Amérique, le laissez-faire diplomatique de l'administration précédente devrait aussi faire l'objet d'un recadrage par l'administration d'Obama, à l'image de celui qui doit s'opérer entre les Etats-Unis et l'Union Européenne, même si la dégradation des relations est fortement liée à la liberté de circulation (visas obligatoires, construction du mur à la frontière mexicaine) et le rejet du néolibéralisme et des plans d'ajustement structurel du FMI en Amérique Latine (exception faite du Mexique et de la Colombie). Il s'agit d'une part de mettre en place des règles plus contraignantes en matière sociale et environnementale dans les accords de libre-échange existants (ALENA, CAFTA, traités bilatéraux avec la Colombie, la Bolivie et le Pérou), mais aussi de réintégrer ces éléments dans les relations avec les autres ensembles (Unasur, voir billet, Mercosur, Communauté Andine, MCCA, Caricom), avec une crainte de protectionnisme accrue pour les gouvernements du Sud. D'autre part, il s'agira d'établir des relations diplomatiques plus sereines avec les gouvernements de gauche radicale membres de l'ALBA (Alternative Bolivarienne pour les Amériques), notamment le Venezuela, la Bolivie, le Nicaragua et Cuba, relations qui se sont tendues avec la crise institutionnelle en Bolivie (voir billet), dont l'expulsion des ambassadeurs américains, et qui devront être revues en profondeur dans le cadre de la politique américaine à Cuba, compte tenu du changement de régime effectué en douceur jusqu'à présent par Raul Castro (voir billet), avec une accélération probable dans les années à venir, sans pour autant que l'embargo de Cuba prenne fin à court terme (pour cause de lobbies américano-cubains). La guerre menée en Colombie, en Bolivie, au Mexique et en Amérique Centrale (Plan Colombia, Initiative Merida) contre les cartels de la drogue, dont les moyens mis en oeuvre par les Etats-Unis ne sont pas à la hauteur des résultats obtenus à ce jour, avec des violations des droits de l'homme, devra aussi être totalement revue, avec une politique plus multilatérale en coopération avec les pays voisins, notamment le Brésil (prédisposé à un accord sécuritaire avec la Colombie et partisan de la création d'un Conseil de Défense Latino-Américain), et peut-être l'Equateur (qui souhaite démanteler la base aérienne américaine de Manta), le Venezuela (dans le cadre d'accord sécuritaires intra-Unasur qui pourraient agir en coopération avec les Etats-Unis), et le Paraguay (voir billet, qui souhaite arrêter le développement de la coopération militaire avec les Etats-Unis sur la base de Mariscal Estigarria, proche de la triple frontière), en minimisant l'impact de la réactivation de la IVème flotte chargée de patrouiller les eaux en Amérique Latine et aux Caraïbes.
Cependant, cette vision optimiste des facteurs sécuritaires en Amérique du Sud et dans les Caraïbes, se heurtera aux velléités d'expansion de la projection militaire russe dans cette région, suite à la crise géorgienne, qui pourrait potentiellement pérenniser les exercices militaires et les accords diplomatiques entre la Russie et le Venezuela, voire les autres pays de l'ALBA, de même que les accords avec l'Iran, et donc laisser planer un scénario de crise à venir. De même, la prédisposition des Etats-Unis à appuyer une frappe à l'extérieur des frontières colombiennes (voir billet, frappe aérienne contre Raul Reyes en territoire équatorien), appuyée par le candidat démocrate pendant la campagne, complique les relations Nord-Sud sur le continent. Finalement, le facteur majeur de la nouvelle politique multilatérale de l'administration Obama sera sans aucun doute la relation crée dans les échanges bilatéraux avec le Brésil (intégrant la classification "BRIC"), le Mexique (intégrant la classification "BRIC+KMS", voir billet), et l'Argentine (voir billet, cette dernière, au même titre que le Paraguay, se tournant de plus en plus vers la Chine et l'UE, et ayant tous deux des gouvernements disposés à discuter avec une administration américaine démocrate), mais aussi l'Unasur et le contournement progressif des institutions de projection américaine dans la zone (BIAD, Banque Mondiale), de même qur pour le projet de Zone de Libre Echange des Amériques (ZLEA), lancé sous les administrations de George H.W. Bush et Bill Clinton, et bloqué diplomatiquement par les pays du Sud malgré les efforts de l'administration américaine de George W. Bush.
Quindi... Même s'il ne faut bouder son plaisir de voir les derniers des néoconservateurs (ainsi que les tenants de la guerre préventive, d'une réforme irréaliste du pentagone, et les défenseurs acharnés des politiques énergétiques basées sur des hydrocarbures et autres facteurs de déstabilisation de type BAM) quitter la Maison Blanche, en tant qu'inspirateurs d'un déséquilibre géopolitique historique, s'appuyant sur des moyens militaires historiques, faisant preuve d'un cynisme en termes d'éthique des relations internationales, qui a fait reculer l'ensemble des progrès réalisés au XXème siècle (Conventions de Genève, Charte de l'ONU, Accords Régionaux de Sécurité - article 5 de la Charte de l'Atlantique Nord, Extra-territorialisation des prisonniers, Engagements militaires sur le territoire de pays alliés sans accord préalable - dont 15 missiles envoyés dans les zones tribales au Pakistan, Spillover stratégique de conflits mal gérés malgré les leçons du Vietnam, Manque de stratégie de sortie malgré la participation de Colin Powell au gouvernement, etc.), et d'une incompétence sans précédent pour la prévention et la gestion de conflits (non prise en compte des alertes de la CIA au sujet d'Al Qaeda, non prise en compte des rapports de chef de la cellule anti-terroriste du NSC gérée par Richard Clarke, gestion catastrophique de la sécurité nationale le 11 septembre, non prise en compte des conclusions du rapport bipartisan de la Commission du 11 septembre gérée par Thomas Kean, concurrence entre le Département de la Défense et le Département d'Etat les premières années de la guerre d'Irak, maintien de l'opération Enduring Freedom au même temps que l'ISAF en Afghanistan, non prise en compte des conclusions du Groupe d'Etudes sur l'Irak géré par James Baker et Lee Hamilton etc.), ainsi que la gestion d'organisations internationales (accusations de dénaturation des objectifs de la Banque Mondiale et de népotisme émises à l'encontre de Paul Wolfowitz, blocage du Conseil de Sécurité sur les question de gouvernance pénale, environnementale, gestion de crise au Moyen-Orient), cela ne signifie pas un revirement total de la politique américaine. Malgré la panoplie de changements de politique étrangère prévus par la nouvelle administration en cours de formation, que ce soit dans l'approche des nouveaux défis, l'approche nouvelle de conflits historiques, ou les tensions latentes avec des partenaires ou des concurrents géostratégiques nécessitant la création d'un nouveau système international dans lequel les Etats-Unis ne seront plus la principale puissance, il ne faut pas négliger les éléments permanents de la politique étrangère américaine. Cette dernière demeure dépendante des flux énergétiques internationaux, des flux financiers internationaux, et des flux commerciaux internationaux, qui rendent les tensions inévitables au Moyen-Orient, en Afrique, avec les autres pays membres du G8 et les pays émergents, et avec l'ensemble des pays exportateurs de matières premières (OMC, APEC). Les tensions politiques internes aux Etats-Unis et sa sur-militarisation, créent aussi une pression permanente pour la résolution, par des moyens militaires, de conflits de petite et moyenne envergure. De plus, la politique unilatéraliste de l'administration Bush ("Doctrine Bush") aura laissé des traces, aucun gouvernement américain ne pouvant dorénavant écarter l'option d'une frappe préventive, de la création d'une coalition sur mesure pour contourner le Conseil de Sécurité des Nations Unies, voire même de l'utilisation d'armes nucléaires tactiques (SIOP - CONPLAN 8044), en cas de menace sur les "intérêts vitaux' des Etats-Unis. Reflet de cette réalité, la campagne électorale avait mis en avant très tôt le positionnement international des deux candidats, un unilatéraliste, ancien prisonnier de guerre, issu d'une famille militaire souhaitant poursuivre l'effort de guerre international sur tous les fronts (voir billet), face à pur produit de la société multiculturelle, multilatéraliste convaincu, s'étant opposé dès le début à la Guerre d'Irak (voir billet), pour laisser progressivement une place prépondérante aux considérations de politique nationale, notamment en matière économique et financière. Néanmoins, la volonté affichée de Barack Obama de dialoguer avec les pays avec lesquels les Etats-Unis n'entretiennent pas de représentation diplomatique permanente (Corée du Nord, Iran, Cuba) et avec lesquels des tensions permanentes existent (Syrie, Palestine), pourraient créer un nouveau rôle stabilisateur pour la première puissance mondiale, à l'image de ce qu'avait été la Doctrine Monroe de 1823 du président James Monroe (sans son corollaire exprimé par Théodore Roosevelt en 1904, autorisant les Etats-Unis à intervenir dans les pays déstabilisés par les européens sur le continent américain), en l'élargissant à une échelle planétaire, et réintégrant l'interdiction pour toute intervention armée, y compris américaine, à l'extérieur du cadre de l'ONU. De même, après les interventions armées et la diplomatie du fait accompli au Proche et Moyen-Orient de la présidence Bush, à l'image de l'intervention américaine sur la Côte des Barbaresques en 1805, il s'agit de faire preuve de diplomatie dans les relations internationales concernant les Etats membres de la Ligue Arabe (cf. image du Capitaine William Bainbridge rencontrant le Dey d'Alger en 1800), sans pour autant faire preuve d'isolationnisme (ce qui avait le cas après l'intervention américaine entre 1805 et 1823).
A lire sur ces sujets, les blogs de toute première qualité d'Olivier Kempf, EGEA (notamment ce billet et celui-ci), celui de Stéphane Taillat, En Vérité (notamment ce billet), et celui de Vincent Jauvert, Affaires Etrangères (notamment ce billet), ainsi que le dossier de Médiapart.






























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