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07 mars 2008

Quindi... La guerre contre les FARC s'internationalise avec une intervention colombienne en Equateur et une tension grandissante entre la Colombie et le Venezuela

Betancourt Afin d'assassiner le numéro deux et porte parole des FARC (Forces Armées Révolutionnaires Colombiennes), Raul Reyes, le gouvernement colombien n'a pas hésité à bombarder un camp des FARC en Equateur sans en demander un accès privilégié à son gouvernement. La réaction du Venezuela a été immédiate: la fermeture et militarisation de sa frontière avec la Colombie, par peur de voir une intervention militaire colombienne sur son territoire. La justification sous-jacente est l'annonce du gouvernement colombien de documents récupérés dans la jungle équatorienne qui sembleraient confirmer des contacts et une aide des deux gouvernements de gauche radicale, d'Equateur et du Venezuela, à la guérilla marxiste des FARC. L'escalade rapide des actions militaires dans une zone relativement démilitarisée jusqu'à présent démontre par les faits la transnationalisation du conflit avec les FARC depuis plusieurs années. La crise des otages de ces derniers mois, qui a permis la libération de sept otages politiques en deux opérations, avec une intervention forte du Venezuela et, dans les coulisses, des autres Etats sud-américains et européens (notamment la France et l'Espagne) et des organisations régionales (OEA, Mercosur, UE) et internationales (ONU) semble avoir débouché sur une guerre froide régionale avec un mouvement révolutionnaire, perpétrant des actes terroristes et des enlèvements, au centre de la querelle.

 

Le conflit entre les FARC et le gouvernement Colombien remonte loin dans l'histoire colombienne. Il est issu de la lutte des paysans contre les grands propriétaires terriens démarrée dans les années 40, qui avait fait 150 000 morts entre 1948 et 1953. En 1958, il ne restait plus que les marxistes (les autres forces libérales ayant trouvé un accord avec le gouvernement) qui se réfugièrent dans les zones les plus reculées du pays, allant jusqu'à créer leur propre gouvernement, la République indépendante de Marquetalia. Le gouvernement de droite voyant cette république indépendante marxiste d'un mauvais oeil, il finit par lancer, en 1964, des opérations militaires et des bombardements massifs au napalm dans la zone, ce qui force les paysans et les rebelles à se réfugier au pied des Andes. Les rebelles sont accueillis comme des protecteurs par les populations locales. Les guérillas s'organisent alors en une force hybride renommée FARC, se voulant la branche armée du Parti Communiste (marxiste-léniniste), comptant 1 000 à 3 000 hommes. A partir de 1984, des pourparlers de paix ont lieu pour la réintégration des FARC dans le système politique national dans le cadre de la création de l'Union Patriotique (UP) avec, en parallèle, un cessez-le feu qui tiendra trois ans (avec de nombreuses violations). Mais dans les années qui suivent, une véritable guerre démarre entre des forces para-militaires d'extrême droite (AUC), un des fondateurs du Cartel de Medellin, Jose Gonzalo Rodriguez Gacha,(qui bénéficieront du soutien des forces gouvernementales) et les FARC, qui tue 4 000 membres et sympathisants de l'UP dont deux candidats présidentiels, 21 parlementaires, 70 conseillers et 11 maires. Entre temps, les FARC se sont progressivement transformés, à partir des années 80 et de leur politique d'élargissement de la lutte, en une entreprise guerrière cherchant à déstabiliser la Colombie et les pays environnants, se finançant de manière mafieuse, avec des rackets ("gramaje"), des enlèvements et la production et distribution de drogue. Leur structure est celle d'un secrétariat militaire de sept membres, dont le chef historique est Manuel Marulanda Vélez "Tirofijo", à la tête de 12 000 à 18 000 hommes occupant jusqu'à 40% du territoire colombien au sud-est du pays. La longue expérience de la guérilla de jungle, et de la discipline nécessaire pour maintenir une telle force dans des conditions précaires, en font des combattants aguerris, mieux adaptés au terrain que toutes les armées conventionnelles des pays de la zone. La participation aux guérillas des FARC se fait, en principe, sur la base du volontariat, mais la désertion équivaut fusillade. Les jeunes de moins de 18 ans représentent un part considérable des effectifs de la guérilla (pouvant représenter 20% à 30% des effectifs selon Human Rights Watch).

 

Les combats directs entre l'armée et les FARC reprennent lentement à partir de 1987, puis de l'offensive gouvernementale de 1990, avec la fin officielle des négociations en 1993. Entre 1998 et 2002, une nouvelle tentative de paix, sous le gouvernement d'Andres Pastrana, permet la création d'une zone démilitarisée de 40 000 km2; mais cette négociation alimentera de nombreuses accusations réciproques (de réarmement, recrutement et culture de coca par les FARC dans la zone démilitarisée), plutôt qu'un climat de négociation apaisé (qui aurait permis une réintégration des FARC dans le jeu politique à travers une alliance avec le Pôle Démocratique Alternatif - PDA, de gauche, et l'utilisation des services de médiation de l'ONU plutôt que le rejet de cette option en 2002 par les FARC) et finira par une reprise des combats sur tous les fronts. A partir de 2002, la guerre s'intensifie avec le changement de régime, le gouvernement conservateur d'Alvaro Uribe refuse toute négociation avec les FARC, à l'exception de celles pouvant mener à la libération d'otages. C'est dans ce cadre qu'ont eu lieu des missions de pourparlers des parlementaires colombiens avec les autorités locales, dont Ingrid Betancourt et son chef de cabinet Clara Rojas. Les négociations en cours sont bloquées par les demandes des FARC qui exigent l'échange entre les otages et les guérilleros capturés, y compris ceux qui ont été extradés aux Etats-Unis pour trafic de drogue, et la démilitarisation de deux secteurs du sud du pays (ce que le gouvernement refuse toujours). Ainsi, l'assassinat de Raul Reyes, aura été une victoire importante dans le cadre de la guerre menée par Alvaro Uribe aux FARC, réduits au rôle de guérilleros cherchant à défendre leur territoire (sans processus politique de réintégration), qualifiés de terroristes par la Colombie, les Etats-Unis et l'Union Européenne.

 

Farc_crisis2_5 L'Escalade diplomatique qui a démarré le 1er Mars 2008 a surtout été l'occasion pour Alvaro Uribe de remettre l'aspect militaire de la guerre contre les FARC au devant de la scène, cet aspect avait été rendu secondaire depuis l'internationalisation de la crise des otages des FARC en 2007, avec la participation active du président vénézuélien Hugo Chavez et de la sénatrice colombienne Piedad Cordoba (mais aussi de leurs alliés cubains et argentins). Des accusations d'aide du Venezuela aux FARC avaient déjà eu lieu (les FARC transitant par le Venezuela pour aller se soigner à Cuba, et recevant une partie de leur matériel à travers le Venezuela), de même que des accusations de course aux armements entre le Venezuela et la Colombie, à l'initiative de Chavez. Selon les documents récupérés par le gouvernement colombien dans le camp de Raul Reyes, les FARC auraient financé Hugo Chavez lors de sa tentative de coup d'Etat au Venezuela en 1992, à hauteur de €100 millions. Ce dernier aurait financé les FARC en 2008 à hauteur de €197 millions, probablement en contrepartie de la libération des otages en début d'année (qui auront contribué à améliorer l'image internationale du président vénézuélien). Cette nouvelle crise, qui aura rapidement dégénéré, a probablement démarré avec des informations satellitaires issues du renseignement nord-américain communiqué à la Colombie. Le choix d'une incursion au nord de l'Etat Equatorien, sans en effectuer la demande préalable, prouve l'importance de l'enjeu pour le gouvernement colombien mais aussi le peu de relations stratégiques qui existent entre les deux voisins. L'entrée au coeur de la crise du gouvernement vénézuélien, avant même qu'une accusation soit faite à son égard, démontre le lien transnational réel qui existe entre la guérilla et le Venezuela (ce lien avait déjà été mis à jour lors de l'affaire de Rodrigo Granda en 2005, dirigeant FARC arrêté par les colombiens en possession d'un passeport vénézuélien). De même, l'Equateur dit avoir entretenu une série de pourparlers avec la guérilla au sujet des otages (confirmé par des intervenants internationaux pour ce qui est des pourparlers entre 2002 et juin 2007, c'est à dire jusqu'à l'intervention du président vénézuélien dans la crise des otages), mais la présence sur son territoire d'un des personnages les plus gradés semblerait aussi confirmer le lien transnational qui existe entre la guérilla et l'Equateur, et au delà, avec le Venezuela et Cuba. L'Equateur a depuis, rompu ses relations diplomatiques avec son voisin colombien et l'accuse de chercher à torpiller le processus de libération d'otages: Raul Reyes aurait été le principal interlocuteur de la communauté internationale pour la libération des otages, dont 12 devaient être libérés en mars selon le président équatorien (malgré les affirmations contraires des FARC). L'entrée dans la crise diplomatique du Nicaragua ces derniers jours (qui a décidé de rompre ses relations diplomatiques avec la Colombie, qu'elle qualifie de terroriste) peut soit démontrer un alignement diplomatique de tous les gouvernements de gauche radicale en Amérique Latine, soit, plus discrètement, démontrer un lien de soutien logistique et financier entre les FARC et la Gauche Radicale. Dans les deux cas, il faut s'attendre à une guerre de désinformation entre les parties, et une entrée des alliés des deux camps dans la crise diplomatique, notamment les Etats-Unis et le Mexique côté colombien, et Cuba et la Bolivie dans le camp de la gauche radicale. Les deux géants politiques et économiques d'Amérique du Sud, le Brésil et l'Argentine, même s'ils se rangent tous deux plutôt du côté des sociaux-démocrates, entretiennent de bonnes relations avec le Venezuela dans le cadre des négociations d'entrée de ce pays dans le Mercosur. Ils joueront leur rôle de négociateurs de l'ombre pour calmer la crise (rôle qu'ils accomplissent avec le Pérou depuis l'arrivée au pouvoir d'Hugo Chavez et Alvaro Uribe). Il en va de même pour l'Espagne de Jose Luis Rodriguez Zapatero qui cherchera, malgré sa récente crise avec le Venezuela, à apaiser la crise en tant qu'émissaire diplomatique probable de l'UE (à l'inverse, un basculement de l'Espagne à droite lors des prochaines élections législatives pourrait renforcer le camp anti-gauche radicale). La France joue un rôle perturbateur dans cette crise, cherchant à récupérer dans l'urgence Ingrid Betancourt, dont on dit qu'elle souffrirait d'une Hépatite B, elle pourrait se retrouver obligée d'agir en tant qu'intermédiaire malgré elle, en échange de l'otage franco-colombienne (son ambassade à Quito s'est déjà avancée dans la crise en affirmant être au courant des contacts entre le gouvernement équatorien et les FARC au sujet de la négociation pour la libération d'Ingrid Betancourt). Les autres acteurs de poids dans la crise, bien que discrets, seront l'Organisation des Etats Américains, regroupant tous les acteurs du continent, elle a déjà commencé sa mission diplomatique envers toutes les parties (comme à son habitude en cas de crise diplomatique) - en condamnant la "violation de souveraineté commise par la Colombie en Equateur" - et l'ONU, qui permettrait d'internationaliser la recherche d'une solution à ce conflit (un des plus vieux du monde contemporain) et réduire les tensions aux frontières, si besoin dans le cadre d'une force de maintien de la paix, permettant de négocier avec les FARC et réduire le soutien logistique dont ils semblent bénéficier. Par ailleurs, une action concertée à l'échelle internationale, permettrait d'éliminer peu à peu les soutiens de la guérilla, action qui semble avoir démarré avec l'arrestation de cinq guérilleros des FARC en Equateur.

 

Du point de vue militaire, le conflit pourrait s'aggraver. La militarisation des frontières, notamment la frontière entre le Venezuela et la Colombie (10 bataillons et unités blindées ont été déployés dans la région par le Venezuela), pourrait créer de nouvelles tensions. Les premiers effets qui se feront sentir, suite à la fermeture de la frontière, sont économiques, avec une réduction importante du flux de marchandises qui permet aux régions frontalières de se développer. Une relance de la course aux armements est à craindre - les armées vénézuélienne et équatorienne ne représentent que la moitié des forces armées colombiennes - avec l'arrivée de nouveaux intervenants internationaux, fournisseurs d'armes pour la gauche radicale. En cas d'enlisement, il est probable que cette crise ait des effets politiques intérieurs au Venezuela, en Equateur et en Colombie, la radicalisation des régimes en place (de gauche radicale et conservateur) rendant les opposants démocratiques d'autant plus inaudibles. Du point de vue géopolitique, la militarisation de "l'axe bolivarien" souhaitée par Chavez remettra en cause l'intégration du continent, principalement économique, au sein d'une communauté unique le Mercosur et relancera les projets concurrents.

 

Quindi... Cette crise latino-américaine et internationale est le résultat d'un historique politique tendu dans la région, de politiques de communication de gouvernements en mal de popularité et de la conjonction des opportunismes politiques. Du point de vue historique, le Général Bolivar  qui avait rêvé d'un Amérique Latine unifiée, et en dernier ressort d'une Grande Colombie / Nouvelle Grenade unifiée, doit se retourner dans sa tombe. La division entre, la Colombie d'une part, et le Venezuela, l'Equateur  et le Nicaragua d'autre part, révèle le "nouveau" schisme politique latino-américain entre la gauche radicale; qui a connu son deuxième souffle avec l'arrivée au pouvoir de Hugo Chavez au Venezuela puis Evo Morales en Bolivie et Rafael Correa en Equateur puis le retour au pouvoir de Daniel Ortega au Nicaragua; et la droite retranchée dans un de ses derniers bastions sud-américains, la Colombie; la majorité des autres pays latino-américains sont gouvernés par des sociaux-démocrates. Par ailleurs, l'interventionnisme des Etats-Unis dans la région, qui a pourtant fortement diminué sous l'administration Bush suite à la vague électorale  sociale-démocrate et de gauche radicale, cherche à se renforcer à travers l'assistance anti-drogue en Colombie. Du point de vue communication, les trois gouvernements de Colombie, Venezuela et Equateur sont à mi-mandat (début de la deuxième année du premier mandat pour Correa, milieu du deuxième mandat pour Uribe, du troisième et dernier mandat pour Chavez) et cherchent à effacer leur difficultés politiques internes par des actions internationales d'envergure (difficultés institutionnelles pour Chavez qui n'a pas réussi à changer la constitution, difficultés avec les FARC pour Uribe, difficultés économiques pour Correa qui prend du retard pour assurer ses promesses électorales en matière de constructions de logements, micro-crédits, restructuration de la dette extérieure et réduction de la TVA). La concentration de troupes aux frontières fait diversion par rapport à la masse d'informations négatives qui pourrait ressortir sur les politiques nationales de ces trois pays (économiques pour Correa, sociales pour Chavez, policières pour Uribe). A cela, on doit rajouter les politiques de communication de politiques étrangères européennes, en mal de victoires. Dans ce cas précis, elles sont représentées par les agitations du Président Sarkozy sur le dossier de l'otage franco-colombienne Ingrid Betancourt (le Président se mettant à la disposition des stratégies locales pour aller chercher lui-même l'otage, à l'image de son intervention au Tchad) et celles de la diplomatie espagnole qui cherche ainsi son retour au premier plan suite aux affronts croisés entre le Roi d'Espagne et Hugo Chavez lors du dernier sommet Ibéro-Américain (voir billet). Le premier rendez vous explosif sera celui du Groupe de Rio le 7 mars, réunion censée regrouper tous les chefs d'Etats latino-américains en République Dominicaine. Il sera suivi le 17 mars par une réunion des Ministres des Affaires Etrangères des Amériques au sein de l'OEA. 

 

Photo de Damouns sous licence Creative Commons 2.0

 

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thats it, bro

Hi there, welcome to this blog ;)

Concernant les troupes de Chavez à la frontiére. Il semble qu'il ne s'agissent que de vent, pas de blindés en sus détecté selon Washington.

Merci, oui en effet, la crise entre les différents intervenants étatiques s'est rapidement résorbée, diplomatiquement, lors des Réunions du Groupe de Rio et de l'OEA.

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