Le 24 février dernier, les chypriotes grecs ont élu avec 53,4% des voix, lors du deuxième tour de l'élection présidentielle, Demetris Christofias, le secrétaire général du parti communiste AKEL (membre du GUE/NGL au Parlement Européen). Ce parti, crée en 1926, devenu majoritaire en 2001, qui a milité pour l'indépendance de Chypre vis-à-vis de la Grèce et la Turquie, sera le seul parti communiste à la tête d'un Etat de l'Union Européenne. Sa plateforme électorale, dans le cadre de la démocratie libérale chypriote, sera tempérée par son allié gouvernemental, celui de l'ancien président Tassos Papadopoulos, du Parti Démocratique DIKO (de centre droite avec un député au sein de l'ADLE européenne). Ce dernier, pourtant élu en 2003 sur une plateforme de réunification, est devenu une des principales forces conservatrices en matière de réunification et a perdu l'élection 2008 dès le premier tour avec 31,8% des voix (il avait gouverné au sein d'une alliance entre le DIKO, AKEL et le parti social démocrate). L'autre force politique majeure, le Rassemblement Démocratique (parti conservateur DISY, membre du PPE), était représentée par Ioannis Kasoulides, arrivé en tête au premier tour avec 33,5% (et deuxième le 24 février avec 46,6%); elle est aussi favorable à la réunification de l'île. Pendant toutes la campagne, la question de la réunification de l'île, refusée par référendum par la partie grecque de l'île en 2004 (avec 76% des voix), aura été au centre des débats. Ainsi, la situation restera complexe, côté politique interne chypriote grec, car le seul opposant à la réunification est le président sortant, arrivé troisième, mais qui gouvernera en coalition avec le nouveau président.
Cette nouvelle page de l'histoire chypriote cherche à clôturer le processus de division, qui s'est empiré avec l'annexion unilatérale de l'île par le Royaume Uni en 1918 (elle était déjà la puissance coloniale depuis 1878, et avait promis une accession à l'indépendance en 1918 si la Grèce rejoignait les alliés pendant la guerre, promesse non tenue). Un premier soulèvement populaire, de chypriotes grecs (représentant 82% de la population), avait eu lieu en 1931, ils demandaient l'Enossis, l'union avec la Grèce (dans le cadre d'une politique de "Grande Grèce" démarrée en début de siècle), se servant du précédent crée par les îles ioniennes en 1864 (transfert du territoire à la Grèce suite à une administration britannique provisoire). En 1955, l'EOKA, dirigée par George Grivas, un Colonel grec d'origine chypriote et soutenue par la Grèce, cherche à obtenir l'Enossis par la force. Les britanniques, pour réprimer ce mouvement indépendantiste, recrutent des milices de chypriotes turcs pour renforcer leurs troupes. Le processus aurait dû se terminer en 1960 avec l'accession à l'indépendance de Chypre (l'équilibre constitutionnel devant être garanti par les forces militaires grecques, turques et britanniques), mais la tendance au rapprochement avec la Grèce réapparait lors des élections présidentielles de 1968 (suite aux blocages institutionnels provoqués par les deux communautés, les affrontements violents de 1963 et le rapprochement de facto entre les chypriotes turcs et la Turquie, demandant une partition - le taksim -, et paralysant l'Etat indépendant de Chypre par une politique de la chaise vide). En 1964, suite à une série d'événements violents de part et d'autre, une invasion turque de l'île avait déjà été arrêtée par le président américain Johnson, mais une campagne de bombardement de villages grecs avait tout de même eu lieu et aura pour conséquence l'envoi d'une force de l'ONU (UNFICYP) pour éviter une guerre entre la Grèce et la Turquie, tous deux membres de l'OTAN. Entre 1963 et 1974, 25 000 turcs (un quart de la communauté) sont évacués de leurs foyers et forcés de vivre dans des conditions de ghettoïsation. Le Coup d'Etat de 1974 scelle la partition, avec l'EOKA-B (formée en 1971), appuyé par le gouvernement militaire grec (celui "des colonels") demandant l'Enossis immédiate. Le Coup d'Etat échoue mais il déclenche une invasion de l'île par les militaires turcs (Opération Attila, officiellement pour protéger la culture turque de la partie nord de l'île et les droits politiques de la minorité turcophone - 18% de la population avec un droit de véto parlementaire, 30% des postes dans la fonction publique et 40% des forces policières), qui figeront une ligne de partition entre les deux communautés malgré l'accord de défense entre la Grèce et Chypre (précipitant ainsi la chute du régime militaire en Grèce). La Turquie contrôle alors 38% du territoire, cherche à établir la partition du territoire, et contraint 160 000 chypriotes grecs à l'exode (un Etat distinct sera crée en 1983). En 2003, en parallèle du processus d'accession de Chypre à l'UE, un premier dégel a lieu avec l'ouverture de points de passage entre les deux parties de l'île (rendus permanents en 2005) et le début de négociations de réunification (qui donnent lieu à des manifestations dans la partie nord de l'île contestant l'autorité d'Ankara dans les affaires intérieures chypriotes). Depuis cette date, les débats sur la réunification n'ont plus cessé et l'UE est au coeur de ce processus de réunification.
Après quatre ans de statu quo et 24 ans de partition de l'île, l'Union Européenne n'a pas hésité à rappeler, dès le lendemain de l'élection, l'exigence d'un règlement final de la question de la partition de Chypre. La dernière tentative de règlement de cette question, le "Plan Annan" (négocié pendant 4 ans et demi par l'ancien Secrétaire Général de l'ONU) qui avait presque réussi, s'était terminée en avril 2004. Le projet avait proposé une solution bi-communale et bi-zonale, longtemps favorisée par les chypriotes grecs. Le règlement prévoyait l'ouverture des ports et aéroports turcs aux marchandises et navires chypriotes grecs (l'économie de la Turquie est la plus dynamique de la région). Un nombre considérable (100 000) de réfugiés chypriotes grecs (qui avaient du quitté la zone nord du pays dans les années 70) auraient pu retourner dans leurs villages d'origine. Il aurait aussi permis aux chypriotes turcs (20% de la population en 2008) de bénéficier des avantages de l'adhésion à l'UE tout en restaurant une partie du territoire pris en 1974 aux communes de chypriotes grecs. L'objectif était de restaurer les droits internationaux des chypriotes turcs (et des 45 000 turcs installés en Chypre du nord), dont le gouvernement est uniquement reconnu par la Turquie, lever les barrières au commerce direct entre l'UE et les chypriotes turcs, et aussi leur permettre une aide au développement économique et à la lutte contre la criminalité sur leur territoire. Du point de vue militaire, la démilitarisation des bases turques et internationales, prévu dans le règlement, aurait sans doute démarré le processus de retrait des bases britanniques (les enclaves d'Akrotiri et Dhekelia n'ont pas été restituées aux chypriotes suite à l'indépendance en 1960, bien qu'elles appliquent le droit chypriote; elles ne sont pas une partie intégrante de l'UE -compte tenu du différent intra-chypriote-; elles hébergent 3 500 britanniques et la seule base de la RAF en Méditerranée, mais aussi un nombre considérable de civils chypriotes; Chypre accuse le Royaume Uni d'arriérés significatifs dans le paiement des annuités).
Le résultat du processus de paix de 2004 avait été très surprenant, avec une communauté turque, traditionnellement favorable à la sécession, qui avait accepté à 65% la réunification, et une communauté grecque, traditionnellement favorable à la réunification, sous forme bi-communale, qui avait refusé la réunification selon cette formule par 76% des voix. Le Chef d'Etat chypriote grec de l'époque, Tassos Papdopoulos (dernier de la génération des politiciens ayant combattu les britanniques et favorisé l'Enossis au sein de l'EOKA), après avoir négocié les 9 500 pages du plan, était revenu en arrière appuyant la campagne du non et jouant médiatiquement sur le contentieux historique lourd entre les deux communautés. Le Chef d'Etat chypriote turc de l'époque, Rauf Denktash, en poste entre 1974 et 2005, raillait le plan Annan pour son manque de protection du modèle chypriote turc, mais les difficultés économiques du territoire nord rendaient une accession à l'UE très tentante. La Turquie, traditionnellement favorable à la sécession, avait fini par accepter le processus de réunification suite à une offensive diplomatique grecque (les relations entre les deux pays s'étant détendues depuis 1999), européenne, américaine et internationale. Elle s'était néanmoins vue tirée d'affaire, à court terme, par le refus des chypriotes grecs, mais sans avoir réglé cet épineux contentieux qui complique sa négociation d'adhésion à l'UE. Par défaut, ce sujet non réglé retarde aussi les autres réformes turques (juridiques, administratives) qui lui permettraient de faire avancer son dossier européen. La crainte ressentie dans les chancelleries internationales est le renversement total de la situation, avec une communauté grecque qui finirait par favoriser la partition de l'ile et l'installation d'une situation de "taïwanisation" (des relations diplomatiques complexes entre deux entités avec une légitimité différente comme la Chine et Taïwan actuellement). Cette crainte s'est exacerbée avec le statut d'observateur accordé à la République Turque de Chypre du Nord (RTCN) par l'Organisation de la Conférence Islamique, et la volonté affichée par certains pays de traiter la RTCN comme un Etat (Azerbaïdjan, Pakistan, Albanie, Bosnie...). Une ligne de fracture entre les Etats à forte population musulmane et les autres est en train de se créer sur ce sujet. Cependant, le vote présidentiel 2008 semble infirmer cette analyse, avec deux candidats se voulant ouvertement en faveur de la réunification.
Quindi... Le processus de réunification devrait non seulement normaliser les relations entre communautés sur l'île, faciliter les échanges entre les voisins grecs et turcs mais aussi permettre à Chypre de retrouver son rôle comme plaque importante du commerce de la Méditerranée Orientale. De nombreux investissements turcs sur l'île sont en attente d'un règlement définitif de la situation géopolitique de l'île. Le contentieux qui existe avec la Turquie sur la question chypriote est un des éléments qui rendent toute intégration turque dans l'UE impossible à moyen terme. L'empressement de l'UE sur cette question est lié aux difficultés qu'elle génère dans les relations de l'UE avec l'OTAN (avec des bases militaires chypriotes grecques, britanniques et turques sur le même territoire) et celles de l'UE avec l'ONU (avec une frontière militarisée sous surveillance internationale depuis 34 ans). L'UE aurait souhaité finaliser ce dossier avant l'adhésion chypriote. L'irrésolution du dossier a eu pour résultat la création d'une nouvelle frontière pour l'UE, une frontière militarisée avec 5 forces armées (dont 1 000 Casques Bleus, 35 000 turcs et 3 500 britanniques) pour une population de 785 000 habitants (et portant ce conflit n'a plus n'a plus connu de violence inter-communautaires depuis 1974). Sa préoccupation est de voir les relances successives, comme celle décidée en juillet 2006, s'enliser et mener à une impasse.
Un grand espoir est né avec cette élection présidentielle mais aussi une crainte récurrente de voir s'enliser à nouveau un processus long (en 2004, le nouveau président Démetris Christophias avait lui aussi fini par reculer sur la question de la réunification par peur de diviser son parti dont un tiers des électeurs étaient opposés au Plan Annan). Il en va de même avec l'élection en 2005 d'un nouveau président de la République Turque de Chypre du Nord, Mehmet Ali Talat, partisan lui aussi d'une réunification sous la forme d'une fédération. Les deux hommes se connaissent et entretiennent de bonnes relations, ce qui est de bon augure pour l'avenir. L'appel à un règlement par l'ONU de la question chypriote (l'UE étant maintenant une des parties du règlement) semble avoir été écouté. Les processus électoraux sont achevés, à moyen terme, chez tous les acteurs de la région (Chypre du sud, Chypre du nord, Turquie, Grèce) et toutes les parties se disent favorables à la réunification selon un modèle fédéral. Cependant, tant que le règlement n'aura pas été approuvé par les trois principales forces politiques chez les chypriotes grecs et les deux communautés de l'île (par voie référendaire), le doute sur l'avenir politique de l'île persistera. La corde sensible des réfugiés chypriotes des deux communautés issus des troubles des années 60 et 70 est à la merci de propos populistes, comme en 2004. L'UE a un rôle important à jouer en favorisant le commerce entre toutes les parties de la région, les projets d'investissements inter-communautaires afin de rétablir des liens réguliers et pérennes entre les deux communautés, mais aussi des projets éducatifs afin de dépasser les visions différentes de l'histoire par les deux communautés. Par ailleurs, le processus d'adhésion de la Turquie à l'UE s'étant lui-même enlisé à cause de la situation au Kurdistan; le recul du parti présidentiel turc, l'AKP, dans la prise de certaines mesures juridiques, administratives et politiques; et le changement de position de la France, suite à l'accession au pouvoir de Nicolas Sarkozy; il est possible qu'à l'avenir, la Turquie redevienne un opposant à une réunification de Chypre. Il sera désormais de la responsabilité des politiciens chypriotes eux-mêmes de mener à bien le processus de réunification de l'île.























Etonnant que Chypre ait choisi un président communiste alors que tout le monde avait parié sur l'autre candidat. Preuve que le fait d'être au milieu n'est pas forcément significatif dans une victoire.
Rédigé par: houhou | 28 février 2008 à 00:43
Oui c'est un cas exceptionnel où le candidat de centre droite finit par être plus conservateur dans les faits sur la question de la réunification que les candidats communiste et de droite (c'est en grande partie lié à son historique personnel; le dernier d'une génération favorisant l'Enossis).
Rédigé par: ArnaudH | 28 février 2008 à 01:02
C'est quand même pas normal que Chypre ait été acceptée au sein de l'UE alors que l'intégrité de son territoire n'était pas garantie.
Il aurait fallu exiger des deux communautés un accord avant.
Rédigé par: vincent | 28 février 2008 à 07:56
Oui c'est vrai que ça complique, mais tout le monde croyait que la dynamique d'intégration dans l'UE allait justement débloquer le dossier en 2004 (afin que cela soit crédible, il fallait que l'UE confirme à l'avance qu'elle n'intégrerait qu'une partie de l'île si nécessaire). C'est ce qui a réussi du côté chypriote turc (le vote allant à l'encontre du président de l'époque, ce qui était le but recherché) mais a surpris côté chypriote grec avec un retournement de la position traditionnelle (suite aux appels populistes de dernière minute de l'ancien président, fin politique), alors que ça aurait justement était une occasion historique de dépasser le schisme.
Cependant l'UE est devenue une des principales forces à prôner la réunification; d'une certaine manière, elle désenclave ce litige en usant de son poids politique interne, régional et de son influence internationale, à bon escient jusqu'à présent...
Rédigé par: ArnaudH | 28 février 2008 à 09:18
Ah un article sur Chypre, super ! Une chose m'intrigue, ce président communiste est communiste au sens traditionnel du terme ou il ne reste plus que le nom et c'est plutôt une personnalité de centre-gauche ?
Rédigé par: Diego | 28 février 2008 à 10:33
Salut Diego,
Je me suis posé la question sans arriver à trouver une réponse concluante (hormis en grec, langue que je ne parle pas, très peu d'informations circulent sur ce point, la campagne s'étant centré sur la réunification). Son parti, l'AKEL, "le Parti Progressiste des Travailleurs", a été rebaptisé en 1941 (faisant suite au PCC, rendu illégal en 1931 par les britanniques et a opéré pendant une décennie de manière clandestine, puis de nouveau entre 1955 et 1960). Ses pratiques législatives (depuis 2001) et exécutives (depuis 2003), en coalition avec le centre gauche social démocrate (EDEK) et le centre droit (DIKO), en font un parti de gouvernement (non révolutionnaire) mais ses alliances européennes au sein du Parti de la Gauche Européenne (groupe GUE/NGL) en font un membre de la gauche radicale (au même titre que le PCF et Rifondazione Comunista). Bref, je ne crois pas qu'on soit dans le cadre d'une gauche véritablement communiste (staliniste ou trotskiste) mais plutôt d'une gauche radicale de gouvernement, plutôt altermondialiste, gouvernant à la tête d'une coalition hétéroclite (pas très différent de l'Italie et l'Unione en fin de compte, mais avec un rapport de force distinct).
Ma crainte, à ce sujet, est un blocage de l'UE, au début du mandat de Christofias, pour des raisons idéologiques. Certaines déclarations passées mènent vers une situation de blocage (voir lien), d'autant plus que l'UE n'a pas d'expérience avec une gauche radicale à la tête d'un gouvernement. Mais bon, l'expérience de coalitions larges, acquise au sein du système chypriote ces dernières années devrait permettre de dépasser la plupart des situations de blocage...
http://www.editoweb.eu/nicolas_maury/Chypre-le-PCF-se-rejouit-de-la-victoire-de-Dimitri-Christofias_a1587.html
Rédigé par: ArnaudH | 28 février 2008 à 11:16
Oui, c'est plutôt ça. C'est une personnalité de la gauche radicale. Son parti est assez comparable à Rifondazione.
Effectivement il faut voir comment l'UE prend cette élection d'un président issu de la gauche radicale.
Rédigé par: Diego | 28 février 2008 à 13:05
Bon de toute manière son élection est loin d'être si étonnante contrairement à ce qu'essayent de nous faire croire les communistes français.
La gauche radicale, en plus du centre-gauche réformiste et de la droite libérale-conservatrice est une des forces politiques qui existent depuis un moment en Europe et qui est en capacité de gouverner.
Après il faut voir quelles types de politique est fait. Je pense qu'il y a une tendance méditerranéenne en Europe qui fait que la gauche radicale est plus forte que dans d'autres pays européens plus continentaux.
Bref, je ne sais pas ce que tu en penses, mais les expériences de gauche radicale d'Amérique latine (issue d'élections démocratiques -Chavez, Morales-) se révèlent assez peu concluante sur le long terme. On peut donc présager de la même chose pour Chypre.
A priori, la gauche radicale accède au pouvoir quand le centre-gauche a échoué ou bien s'est trop déporté sur sa droite. Pour éviter cela il faut clairement faire un mouvement de balancier comme le fait le SPD en Allemagne ou le New Labour Party actuellement au Royaume-Uni.
Au final, c'est la France qui est la plus en retard étant donné qu'aucune gouvernement de centre-gauche n'est encore arrivé au pouvoir. La législature Jospin n'a été qu'un pas discret vers cela. Mais sans le soutien de l'électorat modéré qui s'est porté sur Bayrou et le Modem, on ne peut pas vraiment faire un centre-gauche digne de ce nom en France.
Rédigé par: Diego | 28 février 2008 à 13:15
Je suis d'accord sur les tendances méditerranéennes de la gauche radicale (issue d'un long combat avec des forces conservatrices jusqu'aux années 70 en Chypre, Grèce, Espagne, Portugal; et des forces démocrates chrétiennes en Italie jusqu'aux années 90); c'est encore une histoire récente.
Pour l'Amérique Latine, je ne sais pas si on peut comparer, car les forces conservatrices étaient beaucoup plus fortes jusqu'aux années 80-90 (c'est de l'histoire contemporaine) et il s'agit d'un retour de balancier (j'aime bien lire cette histoire dans un cadre national et continental mais pas international - quelques liens existent à l'échelle internationale avec la Chine, Vietnam etc - voir billet sur Cuba, mais cela n'a rien d'un bloc de gauche radicale; de même l'exemple du Chiapas n'est pas généralisable, c'est un symbole, c'est tout). Comme toute tentative à l'extrême, c'est voué à l'échec (le Venezuela avec sa rente pétrolière, avec un prix du baril historiquement haut, et ses largesses continentales, est l'exception, mais pas un modèle). Les modèles à regarder de près seront ceux de la Bolivie, l'Equateur et du Nicaragua (pour le moment, ils n'ont rien fait de probant, que je sache).
Bref, la gauche radicale cherche à se perpétuer en justifiant un impact international neuf, mais je ne vois pas de liens idéologiques et politiques réels entre ces mouvements (à part des références faciles, et flous dans la pratique, à un idéal alter-mondialiste). A l'inverse, il existe un réel mouvement international de regroupement des sociaux démocrates (dont est membre le président chypriote turc) d'une part, des démocrates de l'autre et un début avec les deux (PD: comme tu l'explicites très bien sur ton blog). Mon impression c'est qu'on se dirige, un peu partout, vers un système à 3 partis (conservateurs, démocrates/sociaux démocrates, gauche radicale). Je pense que dans le cadre de cette tendance, c'est le centre gauche et le centre droite qui souffrent le plus, ne sachant pas où se positionner dans le nouveau schéma (en France, c'est valable au centre gauche pour les PS frange gauche - style PRS, le PCF; et au centre droite pour les ex UDF au MoDem, au NC et à l'UMP, et les Gaullistes réformateurs).
Rédigé par: ArnaudH | 28 février 2008 à 17:41