Les relations diplomatiques entre le Royaume Uni et la Russie se sont dégradées ces deux dernières années suite à une série d'incidents diplomatiques, d'espionnage et d'assassinats politiques. Le plus récent de ces incidents est la fermeture des antennes du British Council (équivalent britannique des centres culturels et des alliances linguistiques à l'étranger) à Saint-Pétersbourg et Iekaterinbourg (seul celui de Moscou demeure ouvert) par le ministère russe des affaires étrangères avec interrogation du personnel russe par le FSB (ex-KGB, services de sécurité intérieure) et arrestation brève du directeur du centre, Stephen Kinnock (fils du directeur international du British Council, Neil Kinnock, ancien député, président du parti travailliste et commissaire européen, et de Glenys Kinnock, député européenne; tous trois proches du premier ministre britannique Gordon Brown) sous prétexte de conduite en état d'ivresse. L'excuse officielle est que ces antennes opèrent depuis les consulats britanniques et devraient donc avoir un statut diplomatique (en plus de violations des principes fiscaux russes).
Ces tensions ont débuté lorsque le Royaume Uni a donné refuge puis asile politique à plusieurs opposants du régime du président russe, Vladimir Poutine et tout particulièrement au milliardaire Boris Berezovsky. Cet ancien allié politique et économique de Boris Eltsine (1991-1999), devenu milliardaire grâce à ses investissements (pendant le mandat Eltsine) dans les sociétés russes AutoVaz, Aeroflot, le conglomérat pétrolier Sibneft (devenu Gazprom Neft), une banque et les médias écrits et télévisuels du régime. Reconnu comme une des grandes figures du mouvement pour l'instauration d'un libéralisme économique en Russie, il fut brièvement secrétaire général de la CEI et de la Douma (parlement russe). Son opposition à la deuxième guerre de Tchétchénie (1999) et son rôle de médiateur avec les séparatistes tchétchènes (1997), et ce malgré un appui à la nomination de Vladimir Poutine au poste de premier ministre puis au statut de candidat du régime, sont probablement les déclencheurs de la mésentente entre les deux hommes. Craignant une arrestation suite aux premières investigations du régime Poutine dans ses affaires commerciales, il demanda et obtint l'asile politique au Royaume Uni en 2001 (il a été, par la suite, accusé de fraude et corruption politique). Depuis, il a investit dans la société informatique de Neil Bush, frère de George Bush, a été accusé d'investir dans la campagne électorale de Victor Iouchtchenko en Ukraine (les contributions étrangères aux campagnes électorales sont interdites en Ukraine) et n'hésite pas à déclarer qu'il souhaite contribuer au renversement du régime de Poutine, y compris par la force (ce qui a attiré les critiques du Foreign Office avec une possible remise en cause de son statut de réfugié politique). Il a été accusé par le FSB d'avoir tué Sergei Yushenkov, co-fondateur avec lui du parti politique Russie Libérale, juste après l'inscription du parti aux élections parlementaires de 2003, alors que cela semble plus probablement être l'oeuvre du FSB lui-même...
L'acte le plus spectaculaire illustrant les tensions entre les deux puissances fut l'assassinat en novembre 2006 de l'ex-agent du KGB, dissident russe avec la nationalité britannique, Alexandre Litvinenko par empoisonnement avec du "polonium 210". Le polonium, une substance radioactive (très concentrée) trouvée avec les minerais d'uranium, désintègre les cellules d'ADN (provoquant des cancers ou des anomalies génétiques) et se décompose par la suite en plomb 206 (élément stable non radioactif). Le coût de la dose (quelques microgrammes) de polonium utilisée pour cet assassinat est estimé à $25 millions. Litvinenko s'était opposé à Poutine dès 1990 sur son manque d'activité dans la lutte anti-corruption en Russie. A partir de 2000, Litvinenko se réfugie à Londres et devient un employé de Berezovsky (à qui il fournit probablement, de même qu'au SIS / MI6, service de renseignement extérieur britannique, des informations sur le FSB, le SVR et le Kremlin) et une relation de l'ancien chef tchétchène Akhmed Zakaïev (vice premier ministre de la république séparatiste tchétchène d'Itchkérie 1996-1999, connue comme la République Islamique d'Itchkérie entre 1998 et 1999 qui avait instauré la sharia et présidé sur la dégradation économique du pays - les enlèvements devenant la principale ressource, il avait négocié le cessez le feu mettant fin à la première guerre de Tchétchénie 1994-1996) devenu le représentant extérieur des indépendantistes tchétchènes (il a donné sa démission de ce poste fin 2007), réfugié à Londres (devenu un réfugié politique fin 2003). Litvinenko scelle son lien public avec le dossier tchétchène lorsqu'il publie en 1999 un livre accusant le FSB d'avoir organisé lui-même la vague d'attentats à Moscou attribués aux séparatistes tchétchènes. Litvinenko dictera une lettre trois jours avant sa mort accusant directement Vladimir Poutine de son empoisonnement (bien que le SVR, ex-premier bureau du KGB chargé des actions de renseignement extérieur de la Russie, nie toute implication dans son assassinat).
La suite fut celle de la demande d'extradition britannique d'Andreï Lougovoï, un autre ex-agent du KGB devenu entrepreneur mais surtout député russe du parti LDPR (de l'ultra-nationaliste Zhirinovsky, devenu un supporter du Kremlin) à la Douma, suspecté d'être un des principaux exécutants du meurtre de Litvinenko (ils s'étaient rencontrés à Londres à quatre reprises, la dernière, le jour même de l'empoisonnement de Litvinenko, le 1er novembre 2006 - des traces de polonium 210 ont été trouvées dans les trois hôtels où Lugovoï avait séjourné à Londres, un restaurant qu'il fréquentait et les deux vols qu'il a pris de Russie). Cette demande refusée par la justice russe, le Royaume Uni a expulsé des diplomates russes et laissé entendre qu'il pourrait bloquer l'ouverture des négociations pour le prochain accord cadre entre l'Union Européenne et la Russie.
Autre épisode ayant envenimé les relations: l'assassinat le 7 octobre 2006 de la journaliste russe du Novaïa Gazeta (dont les actionnaires sont les journalistes à 51%, Mikhaïl Gorbatchev -grâce à la somme obtenue pour son prix nobel- et le millionnaire -actionnaire lui aussi d'Aeroflot- et député du parti de centre gauche Russie Juste, Alexandre Lebedev) enquêtant sur la Tchétchénie (et ardente défenseur des victimes des guerres tchétchènes), Anna Politkovskaïa. Politkovskaïa avait elle aussi été empoisonnée (en buvant un thé) lorsqu'elle devait rejoindre le groupe chargé de négocier avec les ravisseurs d'otage tchétchènes de Beslam en 2004 (en Ossétie du Nord). Les déclarations du représentant spécial russe, Sergueï Iastrjembski, lors du sommet UE-Russie d'Helsinki en novembre 2006, un mois après son assassinat: "Un nombre manifestement excessif de coïncidences de morts retentissantes de personnes qui, de leur vivant, se sont positionnées en opposants au pouvoir russe en place, avec les manifestations internationales auxquelles participe le président de la Fédération de Russie est pour le moins inquiétant" suivi de "Quoi qu'il en soit, on a bien l'impression d'être en présence d'une campagne bien orchestrée ou même de tout un plan de dénigrement continu de la Russie et de sa direction" ont été interprétés à Londres comme une accusation, rejoignant celle faite par l'agence d'information officielle russe, ITAR-TASS, d'une orchestration anti-Poutine organisée par Berezovsky depuis une agence de communication britannique, Bell Pottinger. Litvinenko avait aussi accusé Poutine de cet assassinat peu avant son empoisonnement.
Quindi... On ne peut nier le rôle que semble jouer la Tchétchénie dans cette guerre froide localisée entre les deux pays. De même, les intérêts économiques croisés ne sont jamais trop distants des décisions prises à Moscou et Londres sur ce dossier. La lisibilité de ces évènements est parfois assombrie par les accusations croisées entre Moscou et Londres (officiellement ou via les réfugiés politiques). Cependant, les derniers agissements de Moscou envers le British Council semblent avoir dépassé le cadre de la Tchétchénie et des réfugiés politiques russes au Royaume Uni. Il s'agit maintenant d'harcèlement de sujets britanniques n'ayant (à priori) aucun lien avec les tensions antérieures.
Toutefois, le risque d'une dégradation totale des relations russo-britanniques est limitée par la présence d'intérêts financiers russes considérables à la City de Londres (les sociétés russes sont capitalisées à hauteur de €400 milliards au LSE), de l'approvisionnement britannique difficilement contournable en gaz naturel russe, et de la société russo-britanniques d'hydrocarbures TNP-BP (détenue à 50% par BP et 50% par des milliardaires russes, cette compagnie représente à elle seule 20% des réserves d'hydrocarbures de BP; elle est la deuxième compagnie russe d'hydrocarbures). Le revers de la médaille, c'est qu'il pourrait justement s'agir des futurs sujets de discorde... D'autres mesures envisageables d'escalade des tensions seraient la prise de mesures de rétorsion visant les intérêts britanniques dans tous les pays alliés de la Russie par le biais de techniques héritées de la guerre froide (enlèvements, assassinats, empoisonnements, espionnage humain et électronique). Plusieurs cadres opérationnels peuvent rapidement dégénérer et doivent être minimisés sous peine de regain de tensions sur le continent européen. Tout d'abord l'utilisation dans ce jeu de provocations de personnalités politiques importantes (Neil Kinnock) liées au premier ministre qui pourraient faire augmenter la tension entre les deux gouvernements si le public britannique devait l'exiger. De plus, la proximité des deux flottes lors de leurs exercices dans les Mers Baltique, de Barents, de Norvège ou de Groenland (activité accrue suite à l'augmentation des passages non glacés) peut provoquer des incidents supplémentaires. Finalement, les enjeux économiques et énergétiques entre la Russie et l'UE, sujets aux rebondissements liés aux relations bilatérales entre les pays membres de l'UE (Pologne, Etats Baltes, Finlande, Royaume Uni) et la Russie, peuvent devenir des excuses pour la généralisation de ce conflit larvé. Si cette tension (qui a déjà atteint les relations entre Moscou et Kiev et Moscou et Tbilissi) arrive à faire un ricochet sur les Etats-Unis, l'Allemagne et / ou la France, alors il ne s'agirait pas d'une mini-guerre froide mais bien d'un retour en arrière à une guerre froide est-ouest...























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