Barack Hussein Obama, vainqueur de la première primaire de l'Iowa pour les élections présidentielles américaines de 2008 est un candidat atypique sur la scène politique américaine. Tout d'abord, à 46 ans, c'est un des rares produits de la société moderne à être visible en politique: il est métis (son père est un kenyan et sa mère est une américaine du Kansas avec une ascendance caucasienne et cherokee), il a vécu à l'étranger (Indonésie pendant quatre ans) et dans des communautés américaines métissées (lycée à Hawaï, université en Californie puis à New York et finalement à Boston). Diplômé de sciences politiques, de relations internationales et de droit, grand orateur, il s'est fait connaître sur le terrain en Illinois et Chicago (en tant qu'animateur dans les quartiers populaires et avocat des droits civiques), puis à l'échelle nationale lors de la convention démocrate de 2004 en prononçant un des discours clés. Le moment décisif, qui l'a propulsé sur le devant de la scène, a eu lieu en 2002 lors de son refus d'appuyer l'entrée en guerre contre l'Irak (il est le seul des grands candidats démocrates aux primaires à avoir choisi cette voie).
Sa relative inexpérience à l'échelle nationale (il est sénateur de l'Illinois depuis 2005 uniquement, seul noir siégeant au Sénat) est compensée par la fraîcheur et la modération de son message: une demande de renouveau politique. Cependant cette apparente fraîcheur masque un des plus grands dons de ce jeune politicien: sa capacité à s'entourer des meilleurs spécialistes. Lors de son élection au Sénat, il n'a pas hésité à prendre Pete Rouse comme chef de cabinet (ce dernier est l'ancien dircab de l'ancien leader des démocrates au Sénat, Tom Daschle), Karen Kornbluth comme conseillère (ancienne vice dircab du secrétaire au Trésor, Robert Rubin et une fondatrice du think tank centriste New America Foundation) et dans le domaine des relations internationales, Samantha Power (spécialiste des droits de l'homme et des génocides), Anthony Lake (conseiller national à la sécurité de Bill Clinton) et Susan Rice (sous Secrétaire d'Etat spécialisée sur l'Afrique sous Clinton). Ils sont tous très impliqués dans la campagne présidentielle (c'est probablement une des conditions de leur recrutement) et ont permis au sénateur Obama de prendre position sur un nombre de sujets importants au Sénat: sécurité aux frontières et contrôle de l'immigration conjointement avec le sénateur républicain - candidat aux primaires - John McCain; réduction des armes conventionnelles (notamment les mines anti-personnel); assistance à la RDC; augmentation de la transparence sur les organisations recevant des fonds publics et au sein du Congrès Américain; réduction des GES de deux-tiers d'ici 2050; retrait partiel des troupes en Irak etc.
Son programme de politique étrangère est celui d'un candidat qui se veut visionnaire et volontariste, s'appuyant sur les leçons des présidences Roosevelt (cohérence du combat contre le fascisme), Truman (construction d'un système international militaire -OTAN, ANZUS, OTASE- et économique - Plan Marshall / OECE) et Kennedy (modernisation de la doctrine militaire et mise en valeur des actions de développement avec le Peace Corps et l'USAID), il liste l'ensemble des menaces auxquelles le système démocratique libéral international doit faire face: le nihilisme des terroristes qui se sentent menacés culturellement, la prolifération des armes de destruction massive, les États faibles ou "États-Voyous"...
Irak: Barack Obama souhaite mettre fin à la guerre en Irak en retirant toutes les troupes américaines d'ici mars 2008 (à moins que le gouvernement irakien atteigne les critères militaires, politiques et économiques qu'il s'est fixé). Il met en cause l'incompétence des leaders civils américains dans leur conduite de la guerre et l'utopie que représente une solution militaire pour mettre fin aux conflits entre sunnites et chiites sur le terrain. Seule une solution politique accordée entre irakiens trouve grâce à ses yeux. Entre temps, il souhaite la mise en place d'une initiative diplomatique régionale et internationale pour en finir avec la guerre civile et limiter son impact dans la région (déstabilisation des autres régimes, réfugiés) et laisser une force militaire minimaliste dans la région pour permettre la sécurisation des troupes américaines et continuer la lutte contre Al Qaïda.
Iran et Syrie: L'objectif principal doit être la remise en place d'une diplomatie américaine efficace au Moyen-Orient, usant de toutes ses ressources, politiques, économiques et militaires face aux Etats avec lesquels les relations sont exécrables, comme l'Iran et la Syrie. La politique de sanctions, menaces et discussions par le biais d'intermédiaires ne lui semble pas suffisante pour arrêter l'acquisition d'armes nucléaires par la théocratie iranienne. Elle doit être accélérée et conjuguée avec un dialogue plus direct (bien que l'option militaire n'est pas totalement écartée) qui pourrait permettre la création d'intérêts économiques communs, de relations diplomatiques plus stables et diminuer les positions extrêmes des régimes iranien et syrien. Par ailleurs, la recherche d'une plus grande coopération de la Syrie pourrait à terme faciliter la stabilisation de l'Irak et du Liban, l'isolement de l'Iran et la sécurisation d'Israël.
Soudan: Barack Obama souhaite en finir avec la politique minimaliste des États-Unis qui a permis un génocide au Darfour tout au long des quatre dernières années. Son objectif est de répondre à toutes les demandes (matérielles et diplomatiques) émises par l'Union Africaine afin d'en finir avec ce conflit.
La Guerre contre le Terrorisme: Selon Obama, la guerre en Irak a non seulement été une diversion mais a empiré les problèmes de la région, y compris le conflit israélo-palestinien. Il considère qu'Israël est un État pivot pour faire face aux problèmes de la région (Iran, Irak, Al Qaïda, Hamas, Hezbollah). Il ne remet pas en cause l'appui militaire inconditionnel des États-Unis à l'Etat juif, bien qu'il souhaite avancer pour établir un traité définitif entre les deux États vivant côte à côte avec une intervention directe du président des États-Unis à laquelle il s'engage. Du point de vue militaire, le sénateur Obama souhaite renforcer les forces (92000 militaires supplémentaires) pour les conflits conventionnels à venir mais surtout pour mieux lutter dans des conflits où les forces en présence sont asymétriques et les tactiques celles de guérillas (équipement nouveau, apprentissage des langues étrangères par les forces armées). Il ne remet pas non plus en cause la politique unilatérale en cas de menace sur les intérêts vitaux des États-Unis mais émet une préférence pour les coalitions larges, comme celle crée par le président Bush (père) en 1991 pour la Guerre du Golfe.
Afin de mieux lutter contre les terroristes, il s'agirait donc de rediriger l'attention vers l'Afghanistan et le Pakistan, le front rationnel de la lutte contre Al Qaïda, avec une demande de renforcement des troupes de l'OTAN en Afghanistan, une demande au gouvernement pakistanais d'éliminer toute relation avec des groupes terroristes et une diplomatie de terrain plus efficace contre les Talibans. Il souhaite ainsi renouveler les efforts diplomatiques américains pour réduire les tensions à la frontière indo-pakistanaise (côté Cachemire) et la frontières afghano-pakistanaise (Balouchistan pachtoune). La stratégie globale de lutte contre le terrorisme se concentrerait vers la mise en place d'une alliance internationale (à l'image de l'alliance anti-communiste de la Guerre Froide) "pour rester sur l'offensive de Djibouti à Kandahar" et le développement / spécialisation des corps diplomatique et de renseignement américains (forces sur le terrain). Finalement, Obama voudrait profiter de chaque opportunité pour investir dans les réseaux commerciaux, éducatifs et de santé des modérés dans tous ces pays afin de rendre possible la réforme politique, tout comme cela a été le cas dans les ex-républiques communistes à la fin de la guerre froide.
Le retour à un leadership américain doit aussi comprendre la fin des politiques de torture, capture et transfert de prisonniers dans des pays étrangers, de détention sans procès et d'emprisonnements secrets. A l'inverse, les États-Unis doivent investir (doublement du budget d'aide internationale d'ici 2012) dans les institutions des pays pauvres et en conflit (justice, police, éducation, presse libre, réduction de la pauvreté) afin qu'ils puissent participer à la lutte anti-terroriste mais aussi à celle contre la prolifération des armes (même conventionnelles) et réduire les fléaux comme le Sida, la malaria etc. Le retour exigé de toute aide est la lutte nationale des pays récepteurs contre la corruption. Cela participe, aux yeux de Barack Obama, non seulement de la lutte anti-terroriste mais aussi d'une lutte nécessaire contre la pauvreté (telle qu'édictée par le président Kennedy).
Nouveaux Défis du XXIème siècle: Le risque de prolifération nucléaire et tout particulièrement l'obtention par un groupe terroriste comme Al Qaïda d'une arme nucléaire est le risque le plus sérieux envisagé par le candidat Obama. Cela passe par la sécurisation, réduction ou destruction des arsenaux nucléaires d'une quarantaine de pays (dont tout spécialement les États issus de l'Union Soviétique avec une capacité de construction de 40000 ogives) en l'espace de quatre ans; la ratification du Traité d'interdiction complète des essais nucléaires (TICE); la mise à jour du Traité de Non Prolifération Nucléaire (TNP); la négociation d'accords d'arrêt complet de production nucléaire et la mise en place d'une banque internationale de matériels nucléaires. Finalement, il souhaite la mise en place de coalitions internationales pour assurer la suppression des programmes nucléaires militaires de la Corée du Nord et de l'Iran.
Pour faire face à la crise climatique et ses maux à venir (montée du niveau des eaux, températures élevées, réduction des pluies, famines qui pourraient déplacer 250 millions de personnes), Obama veut aligner les Etats-Unis sur les efforts internationaux (en mettant en place un système de permis négociables) et réduire la dépendance des États-Unis sur les importations de pétrole (en favorisant les énergies renouvelables et les biocarburants). Tels qu'indiqués dans le traité de Kyoto, il souhaite aussi la mise en place de mécanismes de développement propre dans les pays en développement. Une réponse mondiale à la crise climatique et surtout de la part des pays les plus pollueurs pourrait aussi permettre le développement de nouveaux marchés économiques.
Une diplomatie des alliances: Barack Obama se propose d'améliorer l'ensemble des relations diplomatiques des États-Unis en créant des partenariats quand cela est possible et améliorant la coopération sur tous les continents. Cela passe par l'augmentation des capacités de l'OTAN dans les missions de sécurité collective mais aussi celles de reconstruction et stabilisation; la mise en place d'un partenariat plus stable en Asie avec les États du sud-est, le Japon, la Corée et la Chine afin de faire face aux menaces transnationales que sont le terrorisme ou la grippe aviaire; la réforme effective des Nations Unies afin de mieux intégrer l'Inde, le Brésil, le Nigéria et l'Afrique du Sud et concentrer les efforts de l'organisation sur les conflits en cours.
Quindi... Malgré une compréhension assez fine des menaces internationales actuelles, Barack Obama pêche par manque d'expérience: il lui est nécessaire, afin d'obtenir le support d'une majorité d'américains (sa stratégie est plutôt celle du renouveau centriste et non celle d'un démocrate acharné), de conforter les acquis de la politique internationale classique américaine. Ainsi, il met en valeur son appui inconditionnel à Israël, l'utilisation de la force militaire dans le cadre de coalitions larges (mais sans forcément obtenir l'aval de la communauté internationale ou de l'ONU), un certain alarmisme sur la sécurisation du matériel nucléaire à l'échelle planétaire et reste vague sur le conflit au Darfour. Par contre il prend clairement position pour une implication forte des États-Unis dans la recherche d'un accord définitif entre israéliens et palestiniens; pour la mise en place de relations diplomatiques plus stables avec la Syrie; l'arrêt total de la production d'armes nucléaires et la mise en place d'une banque internationale de matériel nucléaire (tout comme Hillary Clinton - idée probablement reprise d'un think tank); la mise en place d'un nouveau tissu d'alliances à l'échelle planétaire pour combattre le terrorisme, la crise climatique et les nouvelles pandémies. Une erreur stratégique majeure dans son raisonnement est l'appui qu'il requiert du Pakistan et de l'OTAN pour renforcer les combats contre les Talibans sans rien proposer en échange à part des efforts diplomatiques américains (au lieu de mettre en place une coopération militaire et des renseignements accrus entre tous les intervenants de la région). Par ailleurs, le retrait des troupes américaines en Irak, selon le calendrier qu'il s'est fixé, serait sûrement trop rapide et plongerait le pays encore plus dans la guerre civile.
La volonté de renouveler le leadership américain en renouant avec la politique de Kennedy d'une lutte internationale contre la pauvreté (axée, cette fois-ci, sur le "containment" de l'islamisme radical et non plus celui d'un communisme latent) est louable et permettrait ainsi aux Etats-Unis de rattraper une partie de leur retard en matière d'aide internationale. La mise en place de nouvelles alliances, à l'image d'un Truman au début de la guerre froide est intéressante (et originale en ce qui concerne la couverture géographique mondiale souhaitée). Quand on considère la volonté de la plupart des Etats de tourner la page Bush, c'est peut-être sur ce dernier point que Barack Obama pourrait rencontrer un certain succès s'il était élu, voire peut-être même une réussite sur les terrains anti-terroristes et climatiques. Afin de maintenir son image centriste américaine, la seule chose que Barack Obama ne semble pas vouloir clarifier dans son discours, est son positionnement par rapport au multilatéralisme ou l'unilatéralisme. Souhaite t-il fabriquer un monde multilatéral (comme semble le signifier sa volonté de construire des alliances et de fortifier le rôle de l'ONU) ou au contraire améliorer l'efficacité des actions unilatérales des États-Unis avec des coalitions sur mesure (comme cette référence faite à la coalition de la guerre du golfe et au rôle de l'OTAN). Il évite soigneusement de le préciser...
Ce billet est le cinquième d'une série de 7 billets sur la politique étrangère des candidats à la Maison Blanche (les billets précédents sont disponibles dans la catégorie Politique Etrangère Américaine du blog).























ch'tit rétrolien manuel vers France démocrate, et bravo pour ce travail !
http://www.francedemocrate.info/spip.php?breve401
Rédigé par: FrédéricLN | 05 janvier 2008 à 20:18
Merci Frédéric - de même pour ton côté: superbe travail sur France Démocrate!
Rédigé par: ArnaudH | 05 janvier 2008 à 20:32
Il est vrai que ce candidat amène un sang nouveau dans cette classe politique américaine qui dérive, en dépit de son appartenance à la famille démocrate à la traîne des néocons.
Hillary était pour la guerre en Irak, le mur de la honte en Palestine et un tas d'autres amabilités américaines gentiment exportée au nom d'un PAX américana à la sauce néocon.
Barack n'étais certes pas pour la guerre en Irak (à l'époque et c'est un point positif à son actif... fallait le faire à l'époque !)...
Mais a entendre certains de ses discours comme celui du "Chicago Council on Global Affairs" en avril 2007 on se dit qu'il est prêt à aller se battre partout ou cela est nécessaire. vantant les mérites de l'unilatéralisme quand les enjeux stratégiques de cette même Amérique étaient menacés...
Bombarder le Pakistan, envahir l'Iran etc... On n'est pas si éloignés des néocons, non ?
Mais bon il n'y a pas mieux ...
Rédigé par: Farid | 05 janvier 2008 à 21:37
Oui c'est vrai que lorsqu'on prend quelques affirmations individuellement, cela laisse dubitatif sur le réel changement... on ne peut qu'espérer que ses conseillers (plutôt bons il me semble) sauront rectifier le tir lorsque cela n'a pas de sens... (et qu'il saura écouter les militaires plutôt récalcitrants lorsqu'il s'agit d'engager des pays sans avoir un avantage décisif sur le terrain comme le Pakistan ou l'Iran).
L'autre aspect rassurant semble être sa volonté de dialoguer avec ses alliés (OTAN et autres puissances régionales) et ne plus laisser les Etats-Unis s'embourber dans des conflits ingagnables tout seuls... cela devrait aussi limiter les excès (enfin si les interlocuteurs sont plus critiques que Sarkozy & Kouchner).
Après il ne faut pas oublier que les candidats évoluent au fur et à mesure de la campagne; pour le moment il diffuse beaucoup d'idées reçues afin de rassembler... après, une fois au pouvoir, cela devrait être une autre histoire... (Bush fils s'était bien présenté comme un homme avec une politique étrangère humble, incapable de nommer le président pakistanais, et pourtant... on connait la suite)
Rédigé par: ArnaudH | 05 janvier 2008 à 22:16
Merci Arnaud pour ce billet (et tous les autres).
Petit complément sur les conseillers de Obama en matière de politique étrangère: Obama a également consulté Colin Powell pour la rédaction de son programme en la matière (http://www.foxnews.com/story/0,2933,280115,00.html).
Bizarrement, ce "parrainage" n'est pas du tout mis en avant dans cette campagne par le démocrate...
Rédigé par: Avel Mor | 06 mars 2008 à 16:15
MESSAGE DE SOUTIEN
BIEN CHER PRESIDENT bARACK OBAMA LA FAMILLE ETOUNDI OBAMA ETIENNE DU cAMEROUN VOUS ADRESSE TR7S SINCèREMENT EN CE JOUR DE PÄQUE 2008 JOUR DE LA R2SURECTION DE NOTRE SAUVEUR JESUS CHRIST SES SINCERES FELICITATIONS ET ENCOURAGEMENT. NOUS SOMMES
FIER DE PORTER SON NOM. ECONOMISTE POLITOLOGUE DE MON ETAT MOI ETOUNDI OBAMA ETIENNE JE N'AI JAMAIS ETE RECONNU COMME TEL.NOUS SOMMES SUR QU'AVEC L'ARRIVEE D'UN "EPERVIER" EN LANGAGE CAMEROUNAIS OBAMA A LA PRESIDENCE DE LA REPUBLIQUE DE LA PLUS GRANDE PUISSANCE DU MONDENOUS LES "SANS VOIX" LES PLUS "PAUVRE"NOUS SERONS AUSSI ECOUTE. NOUS SOMMES CERTAINS QUE L'EPERVIER DONNERA ESPOIR A TOUTE L'HUMANITE. DIEU PUISSE T-IL ENTENDRE LA PRIERE DE TOUS LE CAMEROUNAIS EN PARTICULIER CELLE DE LA FAMILLE ETOUNDI OBAMA DU CAMEROUN. BONNE CHANCE NOUS SOMME DE VOTRE COTE. ETOUNDI OBAMA ETIENNE
Rédigé par: ETOUNDI OBAMA ETIENNE | 23 mars 2008 à 20:23