Rudy Giuliani, ancien avocat démocrate devenu républicain dans les années 80 est mieux connu comme l'ancien maire de New York (1994-2001), celui qui a fait baisser la criminalité qui avait atteint des niveaux records, et surtout celui qui était en poste le 11 septembre 2001. Sa bravoure ce jour là lui a valu la reconnaissance de tous les newyorkais mais aussi de tous les américains qui ne savaient plus vers qui se tourner. En quittant son poste de maire, il a successivement créé une société de conseil en sécurité et une banque d'affaires pour finalement devenir un associé dans une firme juridique.
Son programme de politique étrangère se présente comme celui d'un réaliste avec quelques emprunts (inavoués) aux néo-conservateurs et aux multilatéralistes. Sa préoccupation majeure est la mise en place d'un système international qui puisse faciliter la réalisation des objectifs américains en assurant une réaction systématique à toute crise. Il conçoit les conflits actuels en Irak en Afghanistan tout comme ceux du passé récent (Liban, Somalie, attaques au Yémen, Kenya, Tanzanie) comme une nouvelle guerre froide qui devra être gagnée sur le temps long. Perdre en Afghanistan mais surtout en Irak serait un camouflet stratégique avec des conséquences lourdes pour les Etats-Unis et l'ordre international dont un regain de violence sur tous les fronts.
Irak: Son objectif est de faire rentrer l'Irak dans la communauté internationale avec un gouvernement en état de marche (mais sans l'illusion d'une sécurité totale) qui ne puisse exporter des terroristes. Pour cela, le maintien des troupes américaines lui semble indispensable. Les ajustements de stratégie militaire opérés par le Général Petraus lui semblent de nature à changer la direction de la guerre (de même que cela avait été le cas au Vietnam en 1971-72 avec une période favorable aux militaires américains). Le manque de soutien militaire au gouvernement irakien aurait des conséquences plus graves qu'au Vietnam: un effet domino sur les autres pays du Moyen-Orient et l'émergence de puissances concurrentes.
Iran: L'Iran est surtout vu comme un concurrent en Irak et un exportateur de terroristes (directement ou via ses aides au Hamas et au Hezbollah). Afin de réduire tout risque de chantage nucléaire, Giuliani souhaite continuer et accélérer le programme de défense cotre les missiles balistiques. Par ailleurs il souhaite revenir à la table des discussions avec l'Iran mais sans pour autant y négocier quoi que ce soit. Sa stratégie étant de simultanément saper le support populaire au régime iranien, les attaquer économiquement, réduire leurs capacités militaires conventionnelles, détruire leur infrastructure nucléaire et discuter afin d'éviter des débordements.
Soudan: La crise du Darfour est vue à travers le prisme du génocide commis par les nazis. La catastrophe est surtout conçue comme celle des organisations internationales qui n'ont su l'empêcher. Pour aider l'Afrique de façon générale, la seule solution prônée est celle de favoriser l'augmentation des échanges commerciaux plutôt que l'aide internationale.
La Guerre contre le Terrorisme: La volonté première est de retirer une partie des troupes américaines des premières lignes et de relayer leurs missions à des troupes locales, plus à même de vaincre sur un terrain connu. L'objectif principal doit redevenir Al Qaida et non les guerres de terrain. Pour cela il propose de passer essentiellement par l'utilisation des services de renseignement et les actions paramilitaires. Il en va de même avec la relance d'un grand programme de défense contre les attaques nucléaires, biologiques ou chimiques sur le sol américain. Les moyens seront avant tout ceux du renseignement (humain et suivi satellitaire de toutes les installations pouvant fabriquer ces armes) et technologiques (systèmes de détection aux frontières, surveillance électronique décrite dans le Patriot Act). Finalement, il met en avant les efforts diplomatiques d'une plus grande intégration économique et culturelle des pays du Moyen-Orient dans la communauté internationale.
Nouveaux Défis du XXIème siècle: Rudy Giuliani croit profondément à la puissance d'Etat et n'y voit pas d'alternative sur la scène internationale. Ainsi, il souhaite voir la création d'un système international plaçant l'Etat en son centre et qui comprenne toutes les grandes puissances. Un des principaux outils de ce système international doit être l'OTAN qui doit s'élargir pour comprendre tous les Etats répondant à certains critères (bonne gouvernance, préparation militaire, responsabilité internationale) quel que soit leur emplacement géographique. L'ONU serait, dans ce système international, cantonnée à des tâches humanitaires et de maintien de la paix tout en étant l'enceinte principale de discussions internationales. Giuliani n'exclut pas la possibilité de création d'autres organisations concurrentes pour renforcer le système international. Après la sécurité, le deuxième objectif majeur de ce système international doit être la facilitation du commerce par l'élimination des barrières tarifaires pour assurer le développement économique (censé à terme remplacer l'aide économique). Pour les pays avec des institutions inexistantes, un corps de réservistes de l'armée et de civils devrait pouvoir assister pour la reconstruction et la stabilisation.
D'autres chantiers sont la Palestine et Cuba. La création d'un Etat palestinien pouvant rapidement se transformer en un refuge pour les terroristes n'est pas une priorité pour Giuliani. Le changement de régime cubain n'est pas oublié: Giuliani souhaite préparer les américains et les cubains à tourner la page du communisme sur l'île.
Voice of America: Le projet phare de Rudy Giuliani est la relance d'une diplomatie constante de promotion des politiques américaines. Les ambassadeurs seraient chargés de réfuter tout argument faisant preuve d'anti-américanisme. Pour cela il souhaite renflouer les budgets des radios "Voice of America" et créer une diplomatie de communications sur internet pour faire avancer les intérêts américains. Les objectifs sont la promotion des droits de l'homme, la démocratie et de la bonne gouvernance un peu partout mais surtout dans le monde islamique et des pays comme la Russie et la Chine. La promotion commerciale (compagnies privées américaines avec des produits internationaux) mais aussi culturelle (échanges culturels avec d'autres pays) ont aussi leur rôle à jouer pour faciliter les liens avec des pays islamiques alliés.
Quindi... Rudy Giuliani semble réfléchir avec une guerre (perdue) de retard (utiliser les leçons du Vietnam en Irak) ou un conflit mondial de retard. Il utilise ainsi les leçons de la Guerre Froide contre le terrorisme (l'OTAN comme barrière et le financement des armées locales comme première barrière) et l'autoritarisme (radios pour prôner les intérêts américains en Russie et en Chine). Il se voit comme le Harry Truman (qu'il cite) du XXIème siècle, celui qui a pour tâche la création d'un nouveau système international devant perdurer au moins 50 ans. Il réfléchit quelque peu territorialement, comme un maire (sécuriser les frontières), plutôt qu'avec une vue militaire sur les conflits eux-mêmes (Irak, Afghanistan, Soudan).
A l'inverse, son approche multi-initiative vis-à-vis de l'Iran, même si dangereuse en terme de déstabilisation est clairement réfléchie. De même l'utilisation des services de renseignements et de forces paramilitaires pour lutter contre Al Qaida a de meilleures chances de succès.
Globalement, il s'agit d'une version plus réaliste et moins engagée que celle du président Bush, en utilisant les méthodes du président Reagan. Il semble néanmoins peu probable que l'utilisation des politiques passées puissent être efficace au XXIème siècle.
Le seul projet qui mériterait probablement d'être repris est celui de l'expansion de l'OTAN: l'inclusion de pays alliés avec une capacité de projection de leurs forces comme le Japon, la Corée du Sud, l'Australie, l'Afrique du Sud et nombreux pays d'Asie du Sud-est et d'Amérique Latine pourrait faciliter l'envoi de missions internationales (plutôt que le processus long de mise en place d'une force hétérogène de casques bleus) et limiter l'influence excessive des Etats-Unis dans cette enceinte.
Ce billet est le deuxième d'une série de 7 billets sur la politique étrangère des candidats à la Maison Blanche (le premier étant disponible ici).























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