La Conférence inter-gouvernementale de Bali sur le changement climatique s'est ouverte aujourd'hui et durera 12 jours. Elle réunit des représentants de 180 pays. Son objectif principal est de prévoir la suite à donner au protocole de Kyoto qui expire en 2012.
Processus démarré lors du "Sommet de la Terre" à Rio de Janeiro en 1992, les engagements concrets ont eu lieu lors de la signature d'un premier protocole à Kyoto en 1997 (sous l'égide de la Convention Cadre des Nations Unies sur le Changement Climatique). Ce dernier prévoit la réduction des émissions des Gazs à Effet de Serre (GES) par 5,2% en moyenne d'ici 2012 (en prenant comme base le niveau de 1990). Ratifié par 142 pays (des 158 signataires), il est entré en vigueur en 2005.
Ces conférences font suite au processus lancé lors de la Conférence de Montréal de 1987 pour la réduction des gazs CFC. La consommation de ces gazs ayant eu un impact direct sur la disparition progressive de la couche d'ozone, celle-ci a été dramatiquement réduite entre 1989 et 1998. Ce premier succès a permis l'élaboration de mécanismes, nécessairement plus complexes pour gérer l'ensemble des pollutions climatiques.
Les mécanismes utilisés pour la réduction des GES sont basés sur les travaux du GIEC (Groupement Intergouvernemental sur l'évolution du climat - groupe d'experts géré par deux agences de l'ONU: le PNUE et l'OMM) - récent lauréat du Prix Nobel de la paix. Ces experts n'ont cessé, depuis leur deuxième rapport en 1995, de souligner l'influence de l'activité humaine sur le changement environnemental. Ils soulignent depuis cette époque le réchauffement climatique et une augmentation du niveau de la mer. Leur quatrième rapport de 2007 est cependant beaucoup plus alarmiste. Il met en valeur le nouvel accroissement des GES dans les pays industrialisés depuis 2000 et l'ascension dangereuse de la pollution en Chine atteignant le niveau du premier pollueur mondial, les Etats-Unis.
Pour combattre l'augmentation des GES, le protocole de Kyoto a mis en place un système de mécanismes de flexibilité:
- des permis négociables, visant à encourager le plus rapidement possible l’amélioration des systèmes de production les plus polluants et les moins efficaces (ils existent à l'échelle nationale et européenne et devraient voir le jour en 2008 à l'échelle mondiale);
- le mécanisme de développement propre (MDP), mécanisme financier qui appuie le développement économique en adoptant des méthodes de production plus « propres », notamment dans les pays en développement;
- la mise en œuvre conjointe (MOC), qui vise en priorité à lancer des projets de stockage de carbone ou de réduction des émissions de gaz à effet de serre.
Les premier succès du protocole de Kyoto masquent les difficultés de sa mise en place. L'Union Européenne a réussi à faire baisse ses GES de 1,5 % mais elle doit atteindre les 8% d'ici 2012. Les autres signataires n'ont pas encore réalisé de progrès significatifs.
L'objectif principal de la Conférence de Bali est ainsi de prévoir la suite à Kyoto post-2012. Ce processus de négociation ne devrait pas se terminer avant 2009. Cette pérennisation du système international de lutte contre le changement climatique rassurerait ses principaux acteurs: les Etats, les entreprises et les ONG. Les entreprises devraient obtenir l'assurance que les investissements réalisés en permis négociables dans les secteurs des échanges de carbone et via les MDP en termes d'échanges de technologie se poursuivront.
Par ailleurs, la Conférence de Bali doit préparer les futurs objectifs de réduction des GES. L'Europe s'est déjà proposée de réduire de 20% sa production (et serait même prête à aller jusqu'à 30%). Le G8 s'est prononcé pour une réduction de 50% d'ici 2050. La Chine semble disposée à participer mais avec des objectifs réduits; le Brésil et l'Indonésie souhaitent inclure des primes à la non-déforestation mais l'Inde, l'Australie (jusqu'à présent) et les Etats Unis ne semblent pas disposés à approfondir les mesures déjà prise à Kyoto. Selon le rapport préparé par les Nations Unies (CCNUCC), les moyens économiques additionnels nécessaires pour limiter l'impact du changement climatique représenteraient jusqu'à 0,5% du PIB mondial et 1,7% des investissements mondiaux (base 2030). L'essentiel de ces investissements devrait se faire via le secteur privé.
La première bonne nouvelle de la Conférence de Bali est tombée ce matin quand l'Australie a annoncé sa signature du protocole de Kyoto suite au changement de gouvernement (cf. mon billet). C'était le seul pays industrialisé avec les Etats-Unis à ne pas encore avoir ratifié le protocole. Un espoir existe aussi aux Etats-Unis en cas de victoire d'un candidat démocrate à la maison blanche aux élections de novembre 2008.
Le troisième objectif de la Conférence de Bali sera la mise en place de nouveaux fonds d'adaptation climatique pour les pays les moins développés. Ceux-ci seront les plus durement touchés par le changement climatique avec l'apparition probable de millions de réfugiés climatiques et de dégâts matériels conséquents difficiles à budgétiser pour les PMA. Leur accord étant nécessaire pour la signature d'un nouveau protocole, il est probable qu'ils obtiennent partiellement gain de cause.
Quindi... Il est nécessaire pour les retardataires de réaliser au plus vite que nous avons déjà changé d'époque. Le réchauffement climatique, la montée des eaux, les réfugiés climatiques sont devenus des réalités indéniables. L'inadéquation des moyens mis en oeuvre jusqu'à présent par rapport à l'immensité de la tâche ne peut plus être la règle. Un pan entier de politique étrangère doit être mis en place pour convaincre les Etats retardataires fortement pollueurs (Etats-Unis, Inde, Chine) de rejoindre sans plus tarder la mise en place de solutions collectives. Une plus grande implication d'une diplomatie européenne, et non plus nationale, semble nécessaire pour obtenir des résultats à l'échelle planétaire. Cette diplomatie a réussi à obtenir gain de cause pour la négociation de Kyoto, elle doit être renforcée pour la négociation et le suivi de la ratification de Bali.























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Rédigé par: gesundheit | 11 mars 2009 à 18:05