Le Népal a décidé le 28 décembre 2007 d'abolir sa monarchie vieille de 240 ans (vote du parlement par une majorité de 270 voix sur 329) et d'établir une assemblée constituante pour la création d'une nouvelle constitution. Il devient ainsi une République Fédérale Démocratique et met officiellement fin à sa guerre civile qui a fait 13 000 morts en 10 ans. Le régime sera dorénavant géré par la coalition de rebelles maoïstes et forces gouvernementales représentant les 103 ethnies (avec 93 langues et dialectes) dont le premier ministre, devenu président du parlement, assume les fonctions de Chef de l'Etat par intérim. Cette décision du parlement népalais, suite aux accords du 23 décembre dernier entre les maoïstes et la coalition de six partis au pouvoir, faisait partie des revendications des forces maoïstes pour réintégrer les institutions du pays; l'autre revendication majeure, le passage à un système électoral proportionnel, a été partiellement acquis pour l'Assemblée Constituante (335 des 601 sièges seront attribués à la proportionnelle). Ces décisions ont un goût de revanche sur le Roi Gyanendra qui avait été obligé de réinstaurer le parlement suite aux manifestations et la grève générale de mai 2006. Il avait destitué son premier ministre par deux fois, dissout le parlement (en place depuis 1959 mais avec une représentation qui n'était pas forcément issue des urnes) et s'était arrogé le pouvoir absolu l'année précédente, s'attirant ainsi les foudres de l'ensemble de la classe politique du pays. Les maoïstes devraient ainsi rejoindre le gouvernement lors du passage à la nouvelle année népalaise, le 12 avril 2008.
Le plan accordé avec la Mission des Nations Unies au Népal (UNMIN) prévoit la réintégration des guerriers maoïstes dans l'armée et les forces de police népalaises en échange d'une restitution des biens et terres saisis pendant la guerre. Entre temps, ces guerriers se trouvent "parqués" dans 28 camps et l'armée traîne des pieds pour les réintégrer. Ce facteur d'instabilité doit être écarté dans les plus brefs délais. C'est dans ce cadre que le Secrétaire Général de l'ONU, Ban Ki Moon, a récemment précisé la possibilité d'utiliser le Fonds pour la Consolidation de la Paix pour des dépenses urgentes, que ce soit pour continuer le dialogue entre toutes les parties, soutenir l'assemblée constituante ou le futur gouvernement de coalition ou encore favoriser le désarmement. Cependant l'UNMIN devra prendre le relais pour les missions à plus long terme de désarmement, déminage, développement économique et consolidation des institutions du pays.
Du point de vue géopolitique, le Népal bénéficie d'une conjoncture exceptionnelle: ses deux voisins, l'Inde et la Chine (toutes deux puissances nucléaires), sont à la recherche d'une respectabilité internationale et souhaitent minimiser les critiques au sujet de leur ingérence dans les affaires intérieures des pays voisins. Ainsi, le Népal, pays avec des ressources limitées (agricoles et touristiques) ne présente pas d'intérêt majeur (contrairement à la Birmanie). L'autre monarchie himalayenne, le Bhoutan (depuis 1907), passe elle aussi par un processus de modernisation (passage à une monarchie constitutionnelle prévu en 2008, introduction de la télévision et un accès plus large aux touristes - tout comme le Népal qui s'était ouvert aux touristes en 1950) et contribue ainsi à une stabilisation progressive de la zone himalayenne. Le développement touristique et écologique de la région peut potentiellement permettre des entrées importantes de ressources et le développement de l'emploi dans le secteur des services, une fois la paix revenue sur l'ensemble du territoire népalais. Le potentiel touristique du Népal semble infini: que ce soit du terrain montagneux (8 des 10 sommets les plus hauts du monde sont au Népal, dont le Mont Everest, frontière avec le Tibet) aux zones tropicales avec leurs safaris (région du Teraï au sud-ouest du pays - zone où est concentrée la plus grande partie de la population du pays).
Pour ce qui est de l'abolition de la monarchie, ces dernières années ont été rudes pour les représentants de Vishnu sur terre: le meurtre de 10 membres de la famille royale dont le Roi et la Reine en 2001, le suicide de Dipendra, le prince héritier responsable (qui aura été Roi pendant trois jours, le temps de succomber à ses blessures), l'accès au trône du frère du coupable (lui-même tenu responsable du drame par la population), la dissolution du parlement en 2002, l'élimination de tout contre-pouvoir en 2005, l'instauration de l'état d'urgence, le verrouillage de tous les médias... cela fait beaucoup pour une même famille en si peu de temps. Petit détail symbolique: le Népal était le seul Etat officiellement hindoue de la planète; suite au vote du parlement de mai 2006 (au même temps que le Roi est démis de ses fonctions de Chef d'Etat, Chef de l'Armée et redevient une personne physique imposable), il devient un Etat laïc (un exemple pour le Pakistan tout proche?).
L'anachronisme représenté par les maoïstes (Le Parti Communiste du Népal officiellement)est le fruit de l'histoire récente du Népal: la réforme agraire promise dans les années 1990 n'a jamais réellement eu lieu et les saisies de terres par les agriculteurs a eu pour effet une répression féroce qui a engendré la guerre civile démarrée en 1996. Les premiers résultats positifs des maoïstes (saisie importante de territoire, réforme agraire et fin de la sous-nutrition) et leurs demandes légitimes (abolition de la monarchie qui refusait de mettre en place un système réellement démocratique et d'assurer un développement économique minimal des zones agraires) ont rapidement laissé leur place au recrutement d'enfant-soldats, des rackets d'entrepreneurs et des enlèvements pour financer la guerre. De son côté, l'armée royale n'hésitait pas pendant toute cette période à user de la torture et de conditions épouvantables de détention de prisonniers. Ainsi, la fin du cycle de la violence a une importance capitale pour cette région du monde. De même, la mise en place d'une réelle démocratie, qui n'a comme précédent qu'une brève période entre 1959 et 1960 avec un gouvernement mené par le Parti du Congrès Népalais, est capitale pour une région avec très peu d'antécédents démocratiques (l'Inde sert de modèle pour tous les pays de la région). L'accompagnement effectué par l'ONU pendant cette phase critique de démocratisation prend ainsi toute son importance, de même que les messages de soutien des gouvernements chinois et indien. Par contre, le manque d'implication de l'occident moralisateur en terme de démocratie surprend un peu (sauf quand on considère les maigres ressources du pays).
Quindi... Tout d'abord un grand merci aux blogueurs et journalistes citoyens qui se sont fait l'écho de ce changement de régime et fin de guerre, largement ignorés des médias; et en premier lieu Lancelot. Une mention tout de même pour Le Monde qui est sorti de son "impératif démocratique" pour signaler cet événement (à l'avance) dans son édition du 25 décembre.
Deuxièmement, je tiens à souligner le rôle primordial joué par les Nations Unies, ses missions dans les pays en conflit et ses agences spécialisées (dont le HCR, l'UNICEF, l'OMS, le PNUD, le PAM et l'UNESCO) pour la réconciliation nationale et la consolidation des processus de paix et du développement de ces pays oubliés des grandes chancelleries mondiales.
Finalement, dernier billet de l'année oblige, je vous souhaite une Bonne Année 2008 à tous! Naya barsa ko SubhakAmna en népali - euh phonétiquement et avec quatre mois d'avance sur le calendrier népalais!























ellle est cool ta video ! j'adore :D
Rédigé par: Wiki | 13 janvier 2009 à 11:04