Quindi... Hillary Clinton, politique étrangère d'une candidate démocrate à la Maison Blanche
Hillary Rodham Clinton, ancienne première dame (1993-2001) et sénatrice de l'Etat de New York (depuis 2001) est une candidate aux élections présidentielles américaines de 2008 qu'on n'a pas besoin de présenter. Cette ancienne étudiante en sociologie puis en droit à Yale est un "animal politique" qui dévore les dossiers et en fait une analyse complète et complexe. Sa longue expérience dans les cercles du pouvoir politique en Arkansas, New-York et Washington en fait probablement la candidate la mieux qualifiée pour se projeter dans la fonction présidentielle mais aussi celle qui a le score le plus élevé de défiance dans tous les sondages.
Son programme de politique étrangère est un des plus complets traitant de tous les sujets de manière réfléchie et pragmatique. C'est le programme d'une multilatéraliste convaincue qui regrette que le 11 septembre 2001 n'ait pas été le début d'une nouvelle ère de coopération diplomatique et lutte multinationale contre le terrorisme, plutôt que l'entrée dans le bourbier irakien, qui a concentré toutes les ressources de la guerre contre le terrorisme. Elle fait une critique acerbe de l'unilatéralisme de l'administration Bush en refusant de ratifier le Traité de Non Prolifération nucléaire (TNP), le Protocole de Kyoto sur le réchauffement climatique et de réaliser des efforts sérieux pour la paix au Moyen-Orient. De même l'utilisation de la torture ou de la détention prolongée sont jugées inacceptables pour un pays qui prône une justice équitable partout ailleurs. Pour elle, la politique menée ces dernières années, remet en cause les traditions bipartisanes d'épuisement de toutes les options diplomatiques avant le passage aux options militaires et de transformation des anciens ennemis en alliés. Ainsi, Hillary Clinton souhaite renouer les relations diplomatiques avec tous les adversaires des Etats-Unis.
Irak: Son premier objectif de politique étrangère est la sortie progressive des forces militaires américaines d'Irak (démarrant 60 après jours son entrée à la Maison Blanche). Hillary Clinton pense que cette intervention sape la puissance militaire des Etats-Unis en absorbant des ressources stratégiques qui devraient être utilisées en Afghanistan et en créant des divisions parmi les pays alliés et le peuple américain. Le retrait progressif des troupes devrait donc s'accompagner d'une nouvelle initiative diplomatique avec un groupe de "stabilisation régionale" (avec tous les acteurs régionaux et internationaux dont l'Iran, la Syrie et les Nations Unies) et une augmentation de l'aide directe apportée aux irakiens. Un effort particulier devra aussi être fait pour les réfugiés (deux millions à l'extérieur et deux millions à l'intérieur de l'Irak) avec une aide internationale conséquente gérée par le HCR. En parallèle de ce désengagement militaire général, Hillary Clinton souhaite voir le renforcement des opérations d'unités d'élite contre Al Qaïda et les autres groupes terroristes de la région; une aide continue pour l'entraînement des forces irakiennes et le maintien d'une présence militaire au Kurdistan irakien afin de protéger la démocratie naissante dans cette région.
Iran: Le challenge stratégique posé par l'Iran pour les Etats-Unis, Israël et l'OTAN ne peut être ignoré. Le rôle de l'Iran dans la région dépasse de loin son activité nucléaire. Il passe aussi par le soutien à des groupes terroristes de la région (Hezbollah, Hamas), l'appui logistique aux terroristes et kamikazes en Irak et une gestion catastrophique de l'économie et des libertés individuelles sur le plan national. Ainsi, Hillary Clinton souhaite s'assurer que l'Iran respecte ses obligations internationales en termes de non-prolifération et, dans le cas contraire, de garder toutes les options de politique étrangère sur la table. Par contre, si l'Iran décide de coopérer sur ce dossier (sur le modèle Nord-Coréen), de renoncer au terrorisme d'Etat et de participer à la stabilisation régionale (Irak), alors la normalisation des relations diplomatiques est parfaitement envisageable.
Soudan: Afin de résoudre cette crise, de même que toutes les autres crises en Afrique, Hillary Clinton souhaite voir l'Union Africaine (voir mon précédent billet ici) jouer un rôle plus important. Pour cela, elle souhaite renforcer cette organisation afin qu'elle puisse jouer un rôle de "stabilisateur" régional et de moteur du développement sur le continent.
La Guerre contre le Terrorisme: Afin de lutter de manière plus efficace contre le terrorisme, Hillary Clinton propose l'utilisation d'une palette d'outils beaucoup plus large. Les décisions prises sur ce sujet basées sur l'idéologie (usage de la force plutôt que la diplomatie, de l'unilatéralisme plutôt que le multilatéralisme, "hard power" plutôt que "soft power") avec une militarisation de tous les problèmes internationaux, ont empêché les Etats-Unis d'agir plus finement avec un certain niveau de flexibilité et d'adaptation aux circonstances. Dès lors, il s'agirait d'appliquer une politique étrangère complète qui n'hésite pas à utiliser la diplomatie ou à frapper avec force lorsqu'il s'agit de capturer des terroristes ou des personnes responsables de génocides. Pour ce qui est du Moyen Orient, le désengagement d'Irak devrait permettre un renouveau de réelles initiatives de paix entre Israël et la Palestine, objectif jugé fondamental pour la diplomatie américaine dans la région. Du point de vue militaire, le bouclier anti-missiles a concentré trop de moyens par rapport aux besoins de rénovation des forces militaires et leur adaptation à des scénarii de maintien de la paix (Irak) et guérilla (Afghanistan). La nouvelle palette d'outils anti-terroristes devrait aussi inclure plus de moyens attribués aux services de renseignement (pour l'amélioration des analyses et une plus grande coopération internationale), à l'éducation des populations civiles (un fond de $10 milliards serait débloqué), au renforcement des systèmes juridiques et de contrôle des frontières dans les pays en voie de développement et de lutte anti-drogue, tout particulièrement en Afghanistan car c'est le moyen privilégié de financement des Talibans. La lutte anti-terroriste sort aussi du périmètre stratégique actuel, elle doit aussi inclure le Pakistan de l'est où l'OTAN devrait aussi avoir un rôle à jouer afin d'éviter une contagion sur l'ensemble de la région. Finalement, la lute anti-terroriste doit aussi avoir lieu sur le territoire américain avec une modernisation des outils de surveillance des frontières et l'application de l'ensemble des recommandations de la commission du 11 septembre.
Nouveaux Défis du XXIème siècle: Hillary Clinton intègre dès à présent les nouveaux défis auxquels devra faire face le prochain président. Son objectif est de façonner une politique pour gérer ces nouveaux défis plutôt que simplement réagir aux nouvelles crises. Ainsi, les nouvelles menaces issues d'acteurs non gouvernementaux, du changement climatique et de potentielles nouvelles épidémies doivent être transformées en opportunités pour la mise en place d'un nouveau système international. Toutes ces menaces devraient faire l'objet d'une approche conjointe de financements et actions de la part d'acteurs issus des secteurs publics, privés, d'ONG et de fondations privées. L'utilisation de ce système international n'éliminera pas le besoin d'avoir recours ponctuellement à une forme d'unilatéralisme mais la fréquence d'utilisation devrait baisser. Par ailleurs, la promotion de la démocratie ne peut suffire en tant qu'objectif, celle-ci doit s'accompagner d'améliorations économiques réelles pour les populations des pays en développement et d'améliorations dans les conditions de travail (un renforcement du BIT serait souhaitable). De plus, deux autres objectifs sont jugés prioritaires pour la nouvelle politique étrangère des Etats-Unis: la promotion des Droits de l'Homme mais aussi, plus spécifiquement, l'intégration des droits des femmes dans les relations bilatérales avec les pays en développement afin de renforcer le tissu social de ces pays.
Sur le terrain du développement durable et du changement climatique, Hillary Clinton adopte la même approche générale qu'ailleurs: plus qu'une menace, elle considère cela comme une réelle opportunité pour le développement économique au XXIème siècle. Elle souhaite tout d'abord voir les Etats-Unis intégrer les négociations sur les méthodes de réduction des gazs à effet de serre (cf. billet sur Bali) puis de développer une économie d'aide à la création d'infrastructures écologiquement viables pour la génération d'énergie dans les pays en développement (les deux tiers des besoins futurs en énergie devraient provenir de ces pays).
Le désarmement nucléaire: Parmi les idées phares d'Hillary Clinton se trouve celle de favoriser le désarmement nucléaire de manière unilatérale. A travers cette initiative, elle souhaite voir les Etats-Unis récupérer une certaine éthique en termes de prolifération nucléaire et redémarrer la politique de désarmement menée par les prédécesseurs de George W. Bush. Cette politique devrait s'étendre à une nouvelle tentative de ratification du Traité de Non Prolifération (refusée par le Sénat en 1999) et la poursuite d'un programme commun de désarmement nucléaire avec les russes. Une autre initiative pour réduire la prolifération nucléaire serait l'ouverture d'une "banque nucléaire internationale" pour la fourniture de fuel nucléaire et la sécurisation de tout le matériel nucléaire sur la planète.
L'E8: Sur le modèle du G8, Hillary Clinton souhaite voir l'émergence d'un forum annuel pour les pays les qui émettent le plus de gazs à effet de serre (GES) de la planète (E8) avec la participation de l'Agence Internationale de l'Energie (AIE).
Quindi... Le niveau de détail de la politique étrangère que souhaite poursuivre Hillary Clinton est impressionnant. Au delà des sujets abordés plus haut, elle rentre aussi dans le détail des futures relations que devraient maintenir les Etats-Unis avec la Russie, la Chine, l'UE., l'Inde... Par contre, le manque d'attention portée au Soudan, et à l'Afrique en général, est surprenant compte tenu du niveau de détail accordé à toutes les autres zones géographiques. La reprise du désarmement nucléaire est une très bonne initiative par contre celle de l'E8 devra être développée. Cette dernière pourrait facilement se transformer en un club de résistance (Etats-Unis, Chine, Inde) à tout processus de réduction des GES. De même l'initiative de "banque nucléaire internationale" ne doit pas uniquement servir à réduire le coût d'approvisionnement en Uranium des Etats-Unis. La technicité de l'approche suivie par Hillary Clinton pour l'élaboration d'une politique étrangère lui permet néanmoins d'aborder avec sérieux des thèmes essentiels que d'autres ne font qu'effleurer. Parmi ces derniers: les droits de la femme, la réduction de la prolifération nucléaire, le renforcement des relations bilatérales et le maillage des grandes puissances émergentes dans un système international rénové.
La formule que j'aime bien, et qui me semble résumer le sens de sa politique étrangère est la suivante: "To reclaim our proper place in the world, the United States must be stronger, and our policies must be smarter" (traduction approximative: pour récupérer notre juste place dans le monde, les Etats-Unis doivent être plus puissants et nos actions politiques doivent être plus intelligentes). En attendant d'avoir analysé le contenu détaillé de la politique étrangère souhaitée par l'ensemble des candidats à la Maison Blanche, et donc d'avoir un recul sur toutes ces politiques, il me semble tout de même que les propositions d'Hillary Clinton sont d'un niveau bien supérieur du point de vue qualitatif.
Ce billet est le troisième d'une série de 7 billets sur la politique étrangère des candidats à la Maison Blanche (les billets précédents sont disponibles ici et ici).






















L'analyse aussi étayée soit elle ne saurait être juste si on omet de signaler que sa position sur le conflit Israelo-Palestinien n'est pas si éloignée de celle des républicains... ou même superposable à celle des néocons sur la question du mur de la honte.
Mais bon, disons qu'elle est moins pire que Bush...
Rédigé par: Farid | 14 décembre 2007 at 20:09
Bonsoir Farid,
Oui c'est vrai, mais comme c'est le cas de tous les candidats à la présidentielle américaine (à priori, confirmation dans 15 jours quand j'aurai fini de les analyser tous), je prends ça comme une donnée fixe (certes abérente) de la politique étrangère américaine; merci de l'avoir précisé.
Rédigé par: ArnaudH | 14 décembre 2007 at 21:06
Gore avait un suppléant bien plus va-t-en guerre que Bush en 1999. Cette partie-là de la politique américaine a abandonné l'objectivité et est entièrement absorbée par le point de vue israélien, même en ce qu'il a de parfois dangereux.
Rédigé par: Hervé Torchet | 14 décembre 2007 at 21:20
Oui Lieberman aurait été dangereux comme Vice-Président, surtout dans un contexte de tensions croissantes avec l'Iran (plus que Cheney?). D'ailleurs j'ai bien peur que Huckabee soit dans la même veine (cf. son site de campagne - position sur Israël)
Rédigé par: ArnaudH | 14 décembre 2007 at 21:54