L'Australie, suite aux élections législatives du 24 novembre dernier, a élu un nouveau premier ministre: Kevin Rudd (53% des votes, approximativement 83 sièges sur les 150 de la Chambre des Députés). Chef de file des travaillistes, il a fait campagne sur des thèmes centristes en repositionnant le parti à la manière de Tony Blair selon bon nombre d'observateurs internationaux. Le Parti Travailliste Australien achève ainsi sa mue initiée en décembre dernier lors de l'élection interne à la tête du parti de M. Rudd. Il détrône après 12 années au pouvoir, le premier ministre John Howard à la tête d'une "coalition nationale libérale" (ce dernier ayant même perdu son siège de député).
Kevin Rudd, 50 ans, a commencé sa carrière en tant que diplomate, en poste à Stockholm, puis à Beijing (il parle le mandarin couramment). Il a par la suite rejoint le gouvernement travailliste de l'état de Queensland, devenant directeur du cabinet du premier ministre de l'état, avant de se faire élire député au parlement fédéral en 1998. Se faisant voir dans tous les talk shows, expositions et débats, il s'est fait apprécié rapidement par la classe moyenne australienne. Sa femme, Thérèse Rein, est elle aussi fortement politisée au sein du parti travailliste.
La campagne "centriste" s'est basée sur un positionnement de préservation des acquis économiques (dont le spectaculaire taux de croissance continu depuis 17 ans et les surplus budgétaires à répétition), défendant les "valeurs australiennes" et le rôle de la famille. Cette campagne a aussi inclus un dose de conservatisme social avec une "immigration ordonnée" et un refus de nouveaux droits pour les aborigènes; ce que les australiens ont qualifié de "mee-too-ism" (le moi aussi en référence aux politiques existantes de John Howard). La dénonciation par Kevin Rudd des nouvelles dépenses prévues dans le programme du parti libéral ont aussi fait mouche en démontrant sa modération budgétaire et fiscale. Par contre, afin de contrer d'autres aspects de la politique conservatrice gouvernementale, M. Rudd a proposé d'améliorer la législation du travail (permettant ainsi aux syndicats de récupérer une partie de leur pouvoir perdu) et d'investir lourdement dans l'éducation (son vice- premier ministre est aussi ministre de l'éducation).
Seuls pays industrialisé à ne pas avoir ratifié le protocole de Kyoto avec les États Unis, l'environnement est devenu un enjeu majeur, au fur et à mesure de la campagne électorale australienne. M. Rudd a ainsi promis la mise en place d'infrastructures permettant l'obtention de 20% de la génération d'électricité par le biais d'énergies renouvelables d'ici 2020 (en accord avec les objectifs du protocole de Kyoto) - l'Australie étant le pays avec les centrales d'énergie les plus polluantes au monde. Il a aussi fixé un budget (AU$200 millions - €120 millions) pour la préservation de la grande barrière de corail au large de l'Australie. A l'inverse, M. Howard habitué à la position traditionnelle des conservateurs, a accusé M. Rudd de mettre en péril l'industrie australienne du charbon (l'Australie est un des principaux exportateurs mondiaux) et, à l'image des républicains américains, a refusé de prendre des engagements environnementaux. De façon générale, l'environnement a joué un rôle primordial dans la campagne (annonciateur des futures campagnes politiques dans toutes les démocraties) compte tenu des effets ressentis du changement climatique (sècheresses chroniques). Pour symboliser le dépassement de cette querelle, au lendemain de sa victoire, Kevin Rudd a annoncé que l'Australie allait finalement signer le protocole de Kyoto.
L'alignement de l'Australie sur la position des États-Unis tout au long de la guerre en Irak aura finalement coûté cher à John Howard. Les 1000 troupes australiennes stationnées en Irak auront fait l'objet d'intenses débats, de même que l'alliance et le support militaire sans failles apporté par l'Australie aux États Unis. Les rapports entre Kevin Rudd et George Bush se sont même sérieusement dégradés après la promesse électorale faite par Rudd de retirer les troupes de combat d'Irak (environ 500), suivie de critiques directes à son encontre par Bush. Cependant, Kevin Rudd a démontré vouloir dépasser ces querelles lors de son discours de victoire en lançant un appel à la coopération positive entre les deux pays. Cet épisode sonnera cependant la fin de la stratégie d'alliance sous forme de coalition en Irak de George Bush: ses principaux alliés diplomatiques ayant tous pris leur retraite (Blair, Aznar), perdu les élections (Berlusconi, Howard) ou été promus à d'autres fonctions (Barroso).
La politique régionale de l'Australie a aussi été un enjeu important de ces élections. Le gouvernement de John Howard a, lors de plusieurs sommets régionaux, snobé les représentants des îles pacifiques à l'est de l'Australie (Fidji, Vanuatu, Salomon...) ce à quoi M. Rudd a répondu en mettant en avant une politique de développement régional (lutte contre la pauvreté et le sida, aide humanitaire etc.). M. Rudd a aussi profité de sa connaissance du mandarin pour discuter directement avec le président chinois Hu Jintao (dont le pays est le principal partenaire commercial de l'Australie) lors du récent sommet de l'APEC (ce qui a beaucoup plut aux électeurs).
Finalement, une dose d'humour a aidé quand M. Rudd a failli faire dérailler sa
campagne sous le poids d'accusations le plaçant dans un strip-club lors
d'une visite au siège des Nations Unies (il s'est alors défendu en
avouant ne plus se souvenir de rien après une telle consommation
d'alcool). De même sa fermeté a été payante quand des militants libéraux ont cherché, lors de la dernière semaine de campagne, à le dépeindre comme un supporter de l'islamisme radical.
Quindi... Les premières nominations de son gouvernement semblent aller dans le bon sens, avec une promotion de la méritocratie et des femmes (dont la vice-premier ministre Julia Gillard) plutôt que la préservation gouvernementale de l'équilibre des pouvoirs au sein du camp travailliste. Un petit clin d'oeil a été fait à tous les fans de musique en nommant Peter Garrett (ex-chanteur de Midnight Oil) ministre de l'environnement. Cependant, plusieurs nuages politiques pourraient assombrir le panorama: les droits des aborigènes, la gestion des ventes d'uranium à l'Inde, l'important taux d'immigration, les problèmes d'intégration des musulmans, l'inflation croissante sont tous devenus des sujets urgents à traiter.























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