Le congrès fondateur du MoDem devant se tenir entre le 1er et le 2 Décembre prochains aura une légitimité démocratique toute différente de celui qu'à tenu le Parti Démocrate italien le 27 octobre dernier.
Tout d'abord, le MoDem a choisi de réunir ses adhérents pour le congrès fondateur en un même lieu. A l'inverse, le PD avait choisi de n'avoir que des représentants élus à son congrès.
La première nuance étant que le PD a constitué un véritable "parlement de représentants" de ses sympathisants tandis que le MoDem ne réunira qu'une portion de ses adhérents (jusqu'à 10% présents et 20% représentés si chacun amène une procuration, ce qui est peu probable).
La deuxième nuance de taille étant la participation de sympathisants lors du congrès PD et non d'adhérents comme au congrès du MoDem.
Pour obtenir ce "parlement de représentants" lors de son congrès, le PD a ouvert, le 14 octobre dernier, toutes ses permanences (et les espaces de vie tenus par des militants) au public italien (et les étrangers en situation régulière). Le vote était double: un vote via des listes pour le bureau national du PD (dont le secrétaire général) et un vote via des listes pour le bureau régional du PD. Pour chacun de ces deux votes, 8 listes se présentaient sur chaque bulletin. Pour le poste de secrétaire général du PD: 5 candidats (Romano Prodi étant d'office désigné président du parti, rôle symbolique et non exécutif). Résultats: une participation de 3,55 millions de résidents qui ont élu le nouveau secrétaire général (76% des voix), le bureau politique (les membres de la liste nationale élue) et 2853 représentants régionaux (formant la hiérarchie locale du parti et les représentants pour le "parlement" du congrès fondateur).
La légitimité démocratique du secrétaire général du PD, du bureau politique et des représentants régionaux est ainsi incontestable. Il en va de même pour leur légitimité en tant que candidats naturels lors des futures échéances électorales. Les débats sur l'organisation interne du nouveau parti ont tous eu lieu pendant la campagne électorale et les décisions doivent maintenant être prises par les représentants des listes élues. L'élection et les débats qu'elle a suscités ont aussi cimenté l'existence politique de ce nouveau parti dans la sphère politique italienne et l'ont permis d'expliquer clairement son positionnement idéologique.
Cette approche est louable. Elle mérite d'autant plus d'admiration que cette forme de vote des sympathisants est nouvelle. Elle n'avait été testée précédemment (sous une formule quelque peu différente) qu'à une seule occasion: le vote en 2005 par les sympathisants de tous les partis du centre et de la gauche italienne pour le candidat (de la coalition électorale unie de l'Unione) à la présidence du conseil de 2006. Renouer avec cette approche pour une élection interne à un parti a demandé beaucoup de courage politique.
Le MoDem a fait un choix différent, celui d'un congrès dans la tradition politique française, un choix classique: sans faire appel à la masse de ses sympathisants (pouvant approximativement atteindre jusqu'à 20% de la population), sans faire appel à internet ou au vote par correspondance (ce qui aurait permis de faire participer tous ses adhérents) et en se repliant sur un système archaïque de la procuration unique par adhérent. Le vote se fera donc uniquement pour le président du parti et non pour les représentants territoriaux, candidats naturels aux élections (relançant ainsi le débat systématique sur les primaires ou la désignation à chaque échéance).
Alors bien sur, le comparatif n'est pas aussi simple et il y a de bonnes raisons derrière ces choix différents. En voici quatre:
- le PD est la fusion de huit partis dont deux des principaux partis italiens (parmi les 78 partis nationaux et 26 partis régionaux...) tandis que le MoDem est la construction d'une nouvelle entité constituée d'un parti de taille moyenne, d'un petit parti et d'une masse non organisée de nouveaux adhérents. Leurs moyens ne sont pas les mêmes.
- les deux principaux partis constitutifs du PD (DS et Margherita) ont des forces militantes historiques par rapport à la majorité des adhérents MoDem qui n'ont qu'une force limitée sur le terrain (celle héritée de l'UDF). L'organisation d'un scrutin national est forcément beaucoup plus facile en Italie.
- Les finances des partis constitutifs du PD, qui sont déjà au pouvoir sous la forme d'une coalition large dirigée par Romano Prodi (allant de l'extrême gauche aux chrétiens démocrates) sont meilleures (et de loin) de celles du MoDem qui penne à se remettre financièrement des dernières échéances électorales.
- Le projet PD a été a gestation lente. Il a démarré en 2003 mais découlait déjà d'une première coalition (l'Ulivo) qui avait été au pouvoir en Italie entre 1996 et 2001. Le MoDem est né de la détermination de François Bayrou à ne pas voir disparaître l'élan électoral de la présidentielle de 2007. L'historique, l'expérience et le recul qu'ont les dirigeants de ces deux forces politiques ne sont pas les mêmes. Ils excusent en grande partie le manque d'organisation du MoDem
Quindi... La vague de renouveau démocrate (et non de gauche, de centre ou libérale) a commencé en Europe de l'Ouest avec ces deux partis. Nous devons apprendre à nous appuyer les uns sur les autres en reprenant les meilleures pratiques démocratiques développées ici ou là. C'est ce qui nous permettra de créer un effet boule de neige à l'échelle nationale mais aussi à l'échelle européenne.
PS: je reviendrai lors de prochains billets sur les différences de stratégie électorale, de positionnement politique et d'organisation interne de ces deux partis (c'est un sujet qui me passionne).























J'ai passé l'après midi, dimanche dernier, avec une nouvelle élue de la Constituante du Partito Democratico.
Il faut le préciser d'emblée : il n'existe aucun lien entre le PD italien et le Mouvemùent Démocrate. Il y a d'ailleurs pas de conctacts entre les deux mouvements. Au niveau européen, ils se rattachent à des groupement différents.
Cela dit, il est juste de considéré que le processus de fondation, longuement négocier, est assez exemplaire. Non seulement du point de vue démocratique, mais aussi en matière d'organisation. J'ai par exemple pu voir l'organisation du scrutin, à Paris, destiné aux expatriés italiens, qui ont fourni à la Constituante un certain nombre de délégués.
Comment ne pas penser à la situation inverse ? Celle des adhérents du Mouvement Démocrate dans la capitale italienne, lors du congrès fondateur. La comparaison devrait nous faire honte.
Il est intéressant de constater que les nombreuses défaillances de la préparation du congrès à la française trouvent systématiquement leur excuse dans une défaillance plus ancienne et plus fondamentale. Comme si l'on pouvait se prévaloir des vieilles erreurs pour en excuser de nouvelles.
Par exemple :
1°) Il est vrai que les nouveaux adhérents, depuis six mois, forment toujours une masse inorganisée. Certain n'ont même jamais été réunis localement.
2°) Il est vrai que les effectifs de l'UDF ne suffiraient pas à l'organisation d'un scrutin national sur le terrain. Mais si l'on compte les effectifs du Mouvement au complet, cela fait trois fois plus, et bien d'autres solutions deviennent possibles.
3°) La consultation italienne n'a pas coûté grand chose. Chaque votant a donné un euro. Cela fait 3,5 millions d'euros au total. L'inventivité, le savoir-faire, et la bonne volonté des militants du Mouvement Démocrate aurait largement vaincu tout obstacle financier. Mais c'est une force que l'UDF ne veut à aucun prix mobiliser avant d'avoir acquis les moyens définitifs de l'encadrer.
4°) Le temps. La préparation du congrès du Mouvement n'a commencé que très tardivement, et elle a été semée de signe visibles d'imprévision, d'improvisation calamiteuses, au point qu'on en retire la certitude que argent ou pas, effectifs ou pas, temps ou pas, ceux qui en ont la responsabilité sont incapables de l'exercer correctement. Nous nous retrouvons avec une sorte de suffrage censitaire, qui privent de droit de vote tous ceux qui n'habitent pas la région parisienne, qui n'ont trouvé personne pour une procuration, ou qui, à défaut, ne disposent pas de 300 euros. Procurations d'ailleurs parfaitement inappropriées, compte tenu des conditions de convocation et de tenue du congrès.
Si ces excuses valent quelque chose, alors, on ne voit plus très bien ce que les responsables de ce gâchis pourraient inventer pour être reconnus inexcusables. On voit bien qu'ils jouissent d'une sorte d'immunité de principe, en attendant le quart d'heure démocratique du Mouvement, (maquette réduite au 10ème) qui dira enfin le sens qu'il faut donner à "démocrate", dans "Mouvement Démocrate".
Il n'est pas du tout sûr que se soit celui de "democratico" tel qu'on l'entend dans 'Partito Democratico".
Rédigé par: Manuel de Survie | 23 novembre 2007 à 02:30
Salut Manuel,
Merci beaucoup pour ces commentaires: j'y adhère totalement. J'avais oublié la contribution financière lors du scrutin (ce srutin était tellement exemplaire qu'on pourrait en écrire un livre): elle était de 1 euro minimum pour chaque sympathisant, mais nombreux était ceux qui donnaient 5, 10, 20 euros pour contribuer aux finances du parti naissant (du moins dans mon bureau de vote à Rome).
Rédigé par: ArnaudH | 23 novembre 2007 à 07:38
Bonjour Arnaud,
je tombe sur ton blog après avoir lu ton commentaire sur le mien.
J'étais par hasard à Rome le jour du vote de la primaire. Je me suis mis à rêver cela en France. Quelle publicité pour notre Mouvement cela serait !
Mais hélas la situation est différente et il va déjà falloir se battre pour que le MoDem applique en son sein les principes qu'il défend.
Je serai à Villepinte, les Francais de l'Etranger travaillent sur les statuts et leur représentation. Contacte moi, a priori j'ai laissé mon email.
Amitiés,
Florian
Rédigé par: Florian | 23 novembre 2007 à 08:43
Merci Florian - je te contacte directement la semaine prochaine pou discuter de tout ça
Rédigé par: ArnaudH | 23 novembre 2007 à 08:46
Je suis impressionné comme toi par le processus de constitution du Partito Democratico, et pour les mêmes raisons.
Mais tu ne peux pas être totalement d'accord avec mon commentaire.
D'abord parce qu'il est plein de fautes d'orthographe. Peut-on s'enthousiasmer pour des fautes d'orthographe ?
Mais aussi, comme je l'ai suggéré, parce qu'il pourrait bientôt y avoir incompatibilité, par nos statuts et par ceux du PD, entre nos deux mouvements, et entre leurs rattachements européens. La double appartenance risquant même d'entraîner une double exclusion. Comment le PD pourrait-il hésiter entre le Parti Socialiste et le Mouvement Démocrate, s'il s'agit de s'allier en France ? De même, comment le Mouvement Démocrate pourrait-il rompre avec l'ALDE ?
Et nous sommes en désaccord, surtout, en ce que j'ai montré à quel point l'idée de nous chercher des excuses était vaine. A moins qu'un article explicite de nos futurs statuts déclare l'abolition du sens critique dans notre Mouvement.
Rédigé par: Manuel de Survie | 23 novembre 2007 à 10:59
Ah Manuel!
Sur les fautes d'orthographe, l'espace commentaires d'un blog ne facilite pas la correction des ses propos (sous peine de voir son commentaire s'effacer... donc pas de problème!)
Sur l'appartenance PDE/PSE, je vais expliciter tout ça sur ce blog le jour où j'aurai plus d'informations de la part du PD (si tu peux me mettre en contact avec ta connaissance au PD ça m'aiderait pas mal pour mieux comprendre nos évolutions divergentes). Je pense qu'il serait en effet plus logique que le PD rejoigne le PDE mais la branche DS - et quelques autres petits partis constitutifs - du PD doit résister... toute la difficulté du nouveau positionnement issu de la fusion de 8 partis!
Pour moi (et suite à la lecture du livre de Walter Veltroni), je pense qu'à l'avenir, le positionnement du PD sera très similaire à celui du MoDem. Il ne faut pas oublier que le centre de gravité de la politique italienne est légèrement plus à droite qu'en France, ce qui fait qu'un parti de centre-gauche en Italie serait très probablement un parti de centre (MoDem pas UDF) en France.
Après pour la double appartenance, il faudra que j'explicite ça avec la fédération MoDem des français de l'étranger car la Margherite de Rutelli (membre fondateur du PD) était aussi membre fondateur du PDE... (après où ils siègent au Parlement Européen n'en fait pas forcément un adversaire politique...). De toutes façons, les adhésions au PD ne sont pas encore ouvertes, que les adhésions aux partis constitutifs (il n'est même pas sur, selon Veltroni, que le PD ait des militants à l'avenir, peut-être seulement des sympathisants)
Pour le congrès, ce ne sont pas des excuses que je cherche mais des explications (les tiennes m'ont semblé complémentaires aux miennes).
On pourra continuer cette discussion ici même ou sur le Forum Demosweb la semaine prochaine (désolé, je dois fuir et prendre un avion - serai de retour lundi soir...)
Encore merci pour tes commentaires (j'apprécie beaucoup cette forme de débat).
Rédigé par: ArnaudH | 23 novembre 2007 à 11:31
Billet passionnant, merci Arnaud, que je répercute sur France démocrate http://www.francedemocrate.info/spip.php?breve316
La "survie" de notre mouvement passe bien par notre capacité à regarder avec intérêt ce qui se passe ailleurs, dans un esprit ouvert et constructif.
Rédigé par: FrédéricLN | 23 novembre 2007 à 11:42
@Arnaud
Bon voyage et à bientôt.
@FrédéricLN
J'observerai avec intérêt ton attitude ouverte et constructive au moment du vote sur un amendement à l'article 15, qui devrait précisément ancrer cette capacité de veille et d'analyse dans notre organisation, par la force de ses statuts.
Il faut bien reconnaître que pour l'instant, cette capacité stratégique n'a pas trouvé son point d'ancrage. La condition sine qua non, pour le reconnaître, c'est bien sûr d'exercer sans restriction son sens critique sur ce qui est actuellement proposé.
Cette nécessité de la critique illustre en quoi la démocratie et l'efficacité, loin de devoir se doser ou s'équilibrer comme des tendances conflictuelles, sont inséparables et se confortent mutuellement. A condition, bien sûr, de savoir s'organiser.
Rédigé par: Manuel de Survie | 23 novembre 2007 à 12:45
Merci de nous avoir informé sur cette création du parti démocrate italien
continuez à nous informer c'est +++ effectivement une création plus démocratique que la nôtre, affaire à suivre !...
avez-vous fait suivre cette info sur le mouvement démocrate ?
je vais le faire.
Cordialement
mgenet
Rédigé par: genet | 29 novembre 2007 à 14:31
Merci pour les commentaires.
Non je n'ai pas fait suivre (à l'extérieur de l'audience de ce blog et celle du forum Demosweb)... mais c'est une bonne idée de faire remonter ces pratiques.
J'essaierai, le moment venu, de passer par la fédération du MoDem des Français de l'Etranger pour formuler un "best of " de propositions (organisationnelles mais aussi programmatiques) issu des partis démocrates étrangers...
Rédigé par: ArnaudH | 29 novembre 2007 à 15:05
Je suis frappé que dans cette excellente note, tu mentionnes les permanences du PD : l'UDF n'en avait presque aucune, le MoDem n'en a pas plus. De là une réelle difficulté à comparer les deux événements. Du reste, l'exercice d'un congrès où les présents discutent un texte n'est pas inintéressant en soi. Hélas, le temps a manqué en fait pour un débat aussi approfondi que nécessaire. Il faudra donc changer de méthode, incontestablement.
Sur l'avenir, l'alliance d'une partie de la gauche avec Bayrou paraît plus que probable en effet. Mais selon quel équilibre ? difficile à évaluer étant donné qu'une partie notable du centre droit va certainement se détacher de Sarkozy et que je ne crois pas à la tentative Borloo.
Rédigé par: Hervé Torchet | 03 décembre 2007 à 06:23
Merci Hervé pour ton commentaire.
Oui le PD avait de nombreuses permanences mais ils se sont aussi servi d'espaces de vie tenus (ou favorables aux militants). En ce qui me concerne, j'ai pu voter dans un bar à quelques centaines de mètres de chez moi. Alors ce n'est probablement pas faisable par le MoDem à l'heure actuelle car ce n'est ni dans les habitudes françaises ni celles des militants politiques mais à l'avenir qui sait... (tous les espaces utilisés pour les cafés MoDem / cafés démocrates).
Sur la méthode de vote et le temps de discussion / réflexion nécessaires pour voter les amendements en conscience, je suis d'accord, nous aurions du prévoir une période plus large (déposer les amendements au moins deux semaines avant le congrès - donc annoncer le texte de base et la possibilité de l'amender au moins deux mois avant le congrès). Mais bon, ne serait-ce que voter les statuts est déjà une avancée considérable pour un parti politique français, ne l'oublions pas. Je suis d'accord, il faudra changer de méthode pour la suite.
Pour l'alliance avec le centre gauche, je pense qu'il y a deux préalables. Que le MoDem prenne des habitudes de parti unitaire (une nouveauté pour tous les adhérents venus de l'UDF, PS, Verts) avec une ligne électorale claire (2008-2009). Que le PS clarifie ses positions idéologiques et électorales sur la même période. Par la suite nous pourrons envisager une alliance électorale MoDem-PS.
Rédigé par: ArnaudH | 03 décembre 2007 à 09:20